Les Chroniques du Mérovingien

17 août 2005

MATRIX REVOLUTIONS

matrix301Matrix Reloaded a clairement faussé toute la donne sur l'ensemble de la saga. Déconcertés par les dialogues brumeux, les choix scénaristiques déstabilisant (Néo fait partie du programme de la Matrice !!) et les scènes d'action jeux vidéo, les spectateurs moyens qui avaient tant vantés les louanges du premiers opus – sans même l'avoir compris complètement- se sont retrouvés dans l'embarras. La trilogie Matrix serait-elle devenu une machine commerciale sans queue ni tête ? Tout ce qui avait été acquis dans le premier opus étant remis en cause dans le second, l'acte final allait-il offrir une conclusion cohérente ? Toutes les réponses étaient-elles au bout du chemin de Revolutions ?


Revolution... Un mot aux sens multiples et qui ne ment pas un instant que la teneur du métrage. Le troisième volet de la trilogie va littéralement bouleverser les certitudes et va retourner l'esprit des spectateurs qui s'attendaient à voir les réponses leur tomber dans le bec. Le dernier Matrix se révèle en vérité dans la continuité des deux premiers, transcendant chaque aspect de la saga pour les tirer vers le haut. Ceux qui avaient déclaré forfait à Reloaded risquent de tirer la gueule devant Revolutions. L'ultime Matrix est un film qui se mérite tout autant que les précédents, si ce n'est plus, tant les frères Wachowski mettent un point d'honneur à balancer leurs dernières cartouches référentielles, chargeant à ras bord une œuvre toujours plus dense et complexe. Par quoi commencer alors ? Le contenu politique ? Allons-y alors.
Le premier film évoquait clairement Ronald Reagan, le second comparait Bush à Hitler (voir les images dans la salle de l'Architecte, doublées à une réplique lourde de sens)... Ce troisième volet met un point d'honneur à glorifier le chaos et le changement de pouvoir. Smith symbolise l'uniformisation, Néo le changement. Dans cette Matrix où désormais tous les individus sont semblables, l'Elu va semer le trouble, tout détruire pour mieux recommencer. Message subversif. Les Wachowski se contre foutent de la bienséance et mettent un point d'honneur à encenser l'anarchie, offrant ainsi un admirable message de tolérance dans un film pété de thunes. Rappelez-vous l'invitation à la partouze lors de la Rave de Zion... Ici, le sexe extrême se retrouve dans les combinaisons de cuir et la moiteur du Club de l'Enfer où le vice règne en maître (que de couples sadomaso et gays !). Les héros passent leur temps à se mettre sur la gueule sans en souffrir, prenant plus de plaisir à transcender leur chair et à les déformer qu'à saigner.

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Sous ses apparences commerciales, la trilogie distille un vrai message anti-conventionnel surprenant. La Révolution aurait-elle lieu seulement là, dans le travestissement subversif d'une grosse production qui va jusqu'à décrire les humains comme une secte (le discours de Morpheus, bien moins premier degré que certains ne veulent bien le dire) ? Du tout ! La Révolution a surtout lieu au niveau narratif. La prise de risque de Reloaded est ici poursuivie dès les premières minutes qui laisseront les moins attentifs sur le carreau, exigeant un bagage intellectuel important. Concrètement, où en sommes nous ? Les Sentinelles sont sur le point d'attaquer Zion, Néo est dans le coma, à côté de Bane, réceptacle de chair abritant en fait Smith qui a piraté cet homme machine ( ceux qui n'ont pas saisis ce concept seront prié de revoir Ghost in the Shell). Néo se réveille dans une gare qui a pour nom Mobil Ab. Mobil, anagramme de Limbo, les limbes. Les limbes étant l'endroit où les Justes attendaient la venue du Christ, on peut en déduire que les individus que rencontre Néo sont des programmes au rôle important. En effet, comme pour Smith, ces programmes ont développé un libre arbitre qui les rend dangereux pour la Matrice. Ils ne répondent plus à leur fonction et surtout, ils ont donné naissance à une petite fille, Sati, qui n'a aucune utilité dans la Matrice car n'étant pas un programme destiné à une fonction particulière. Ce qui ne signifie nullement que Sati ne sert à rien. Car si elle n'a pas été conçue par la Matrice, celle-ci n'a guère de contrôle sur elle, comme viendra l'annoncer la conclusion déstabilisante. Alors qui es Sati ? La solution est assez simple. Il faut pour comprendre se remémorer que Néo est le 6ème Elu. Or, le père de Sati s'appelle Rama, soit le nom de la 7ème incarnation du Dieu Vishnu. Le 7, un chiffre biblique qui fait indirectement de Sati le 7ème Elu.

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A n'en pas douter, Matrix Revolutions puisse directement son inspiration dans le bouddhisme et le taoïsme, en témoigne le générique de début présentant la Source comme une lumière divine d'où viendra l'illumination (une image ressemblant, et ce n'est pas un hasard, à la vision que Néo aura dans le ciel de Zéro-One). La matrice est ainsi présentée comme un équilibre du yin et du yang avec des antagonistes passant leurs temps à s'affronter pour maintenir l'équilibre de l'ensemble. Néo/Smith, bien sûr, mais aussi l'Architecte et l'Oracle. Le premier voit chez les individus un destin tout tracé alors que la seconde, qui s'apparente au Yi-King puisqu'elle offre au contraire plusieurs voies possible à emprunter, sans jamais indiquer laquelle lui semble bonne. Dans le cas de Néo et Smith, leur force sont égales et se renvoient l'une à l'autre lors du combat final apocalyptique (évoquant bien entendu du DBZ live : joie !!) où les plans d'introduction dans la ruelle se renvoient en une parfaite symétrie, jusqu'aux coups ultra violents entraînant des ondes chocs sidérantes. Il est important de noter que la séquence est accompagnée d'un chant indien issu de l'Upanisad et qui contient toute la thématique du film (avec cette phrase qui revient plusieurs fois « des Ténèbres conduit moi à la Lumière, à travers le Mensonge guide moi vers la Vérité »). Le tout parsemée d'une touche de Nietzsche et de son concept du surhomme, puisque ce magnifique morceau composé par Don Davis s'appelle « le crépuscule des Dieux », soit une référence à l'œuvre du philosophe « le Crépuscule des Idoles ».
On ne manquera pas d'évoquer le générique du film où Don Davis à baptiser son morceau final « Navras », soit « illumination ». L'illumination, c'est celle qui reçoivent les spectateur devant un tel spectacle à portée hautement spirituelle. Mais c'est aussi et surtout celle de Néo qui, après s'être fait crever les yeux, parvient toujours à voir le monde sous forme de lumière, confirmant qu'il est bien un programme puisqu'il n'est sensible qu'à l'énergie électrique pouvant également être assimilée à l'aura des machines, comme dans le plan somptueux où il reçoit la lumière d'une Sentinelle lui fonçant dessus. On ne manquera pas d'évoquer l'illumination finale, entre un Smith qui reçoit la lumière intérieure en même temps que Néo.

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Cette fin, elle semble avoir laisser bien des gens perplexes. Incompréhensible ? Nullement. Comme pour le reste de la saga, il faut savoir décrypter les références pour saisir toute l'incroyable profondeur que renferme l'œuvre. Pour cela, revenons un peu en arrière et arrêtons-nous sur le titre même de ce chapitre final. Matrix REVOLUTIONS. Si on prend la peine d'ouvrir son dico, on s'aperçoit que la Révolution a plusieurs sens. Dans le cas d'une planète, la révolution est le temps que celle-ci met à faire un tour dans son cycle avant de revenir à son point de départ. Une définition que l'on retrouve ici puisque Matrix 3 regorge de référence au premier film, comme si on revenait à l'origine de tout : le chat noir à la fin, la boîte de nuit, le plan de Néo dans la voiture allant voir l'Oracle... Comme si tout recommençait. Le temps imparti à Néo pour atteindre l'architecte n'était-il pas de 314 secondes, soit Pi, soit le cercle ? A la fin du film, n'est-ce pas une nouvelle matrice qui voit le jour ? Oui, sauf que le terme de révolution renvoie aussi signifier le changement de tout, une révolte contre un système aboutissant à un ordre nouveau. En cela, le dernier film de la trilogie est un aboutissement logique à la saga. Une nouvelle matrice voit le jour, c'est vrai, mais est-elle nécessairement identique à la précédente ? Justement non. Car la guerre entre homme et machines est terminée. Mais qui a mis fin à celle-ci ? N'oublions pas qui l'a déclenchée, cette guerre (cf : le double segment « la Seconde Renaissance » dans Animatrix). De la même manière, ce sont les machines qui y mettront fin. En effet, à la fin du film, Néo rencontre une machine créditée au générique comme le Deus Ex Machina. Dans le théâtre, le Deux Ex Machina était un personnage qui arrivait à la fin d'une pièce pour dévoiler toute la conclusion. Ici, ce Dieu des Machines annoncera à la mort de Né que « tout est accompli », exactement comme Dieu avait annoncé la mort du Christ. Il nous est ainsi révélé que Néo était effectivement un programme instauré dans la Matrice afin de mettre fin à la guerre et en permettant de contrôler les humains qui allaient mettre leur foi en lui. Le film est donc une véritable révolution de l'œuvre de Joseph Campbell qui instaurait un schéma commun à tous les grands mythes avec son héros qui refuse les épreuve (Néo), un guide spirituel (Morpheus) ect... En effet, dans Matrix, les héros ne sont pas définissables par des fonctions dans l'échiquier déployé. Ils sont tout simplement la fonction même qu'on leur a attribué (Néo sait où se trouve Machine City car il doit le savoir).

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La conclusion a tout cela ? La preuve définitive que les machines sont plus humaines que les humains, en témoigne leur visuel évoquant des animaux aquatiques, telles ces Sentinelles Pieuvres, le Deux Ex Machina proche de l'oursin ou encore le look de Zéro-One, rappelant irrémédiablement des récifs de corail. L'épilogue du film est une invitation à se débarrasser de notre chair et à partager notre esprit avec les machines dans ce nouveau monde virtuel débarrassé de ces chaînes. L'être humain ne doit plus se définir par son corps mais par l'esprit. Cet esprit étant également une chose que possèdent les intelligences artificielles ultra développées, il n'y a plus aucune distinction entre l'homme et la machine. De la guerre des Sentinelles contre Zion est née une nouvelle humanité. Ce n'est pas un hasard si la séquence d'attaque (grand moment de bourrinage où il pleut littéralement du métal) évoque des spermatozoïdes fécondant un ovule rouge.
Le plan final est une note d'espoir qui renvoie au Ragnarok Viking, œuvre littéraire narrant une lutte apocalyptique et s'achevant sur le symbole d'une petite fille et d'un Soleil annonçant une nouvelle ère. Ici, il s'agit bien sûr de Sati et du Soleil qu'elle a peint. Il est intéressant de note que les frères Wachowski ont toujours su que la trilogie s'achèverait ainsi, en témoigne l'indice laissé dans le premier Matrix : la mot Solo (Soleil) inscrit sur les murs de la station de métro où Smith et Néo se battent (Néo rencontre Sati dans une station de métro au début de Révolutions).
Ne reste désormais plus qu'à espérer que les hommes et leur nature violente ne gâche pas tout, comme viendra le rappeler l'Architecte à la fin du film (« pour qui me prend-tu ? Un humain ? »).


Avec leur épilogue fou furieux, les frères Wachowski imposent leur trilogie comme le 2001 de notre génération. Prônant les bienfaits du virtuel comme un moyen d'évasion sur notre monde où règne la violence, ils ont construit une mythologie si complexe qu'elle nécessite un solide effort de recherche et de réflexion pour déterminer toutes les ramifications. Du très grand art dans la prise de choux aérer par de bons gros moments d'action si virtuose qu'il s hissent la saga Matrix au rang de référence absolue de la SF, loin (très loin) devant Star Wars ou Terminator.


NOTE : 6/6

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MATRIX RELOADED

matrix2001999 avait été une date dans l'histoire du cinéma. Un des plus important film de SF avait tout emporté sur son passage. Succès public, mais surtout critique, Matrix s'était révélé une œuvre de synthèse d'une richesse inouïe : mélangeant aussi bien Kant à l'univers cyber-bunk, les scènes d'action Hollywoodiennes et le kung-fu japonais, Baudrillard avec la Bible.... Un patchwork cohérent, véritable film-univers comme on en avait pas vu depuis longtemps. Le premier film posait les bases d'une intrigues solides mais quelques trous narratives nous laissaient penser qu'une suite était prévue. Et ce sont finalement 2 films qui n'en forment qu'un qui nous sont offerts. Le premier, c'est Reloaded, auquel nous allons nous intéresser. L'attente était énorme ce qui explique sans aucun doute la déception qui fut ressentie par les spectateurs (du moins au premier visionnage).


Alors aujourd'hui, quand est-il de Reloaded ? Et bien il s'agit bel et bien du prolongement de l'univers des Wachowski. Si Matrix était un film d'exposition, Reloaded est le traditionnel épisode de transition casse-gueule. Mais il s'assume totalement. Le but du film est clairement voué à une mise en pièce de tout ce que les spectateurs croyaient acquis. Ainsi, le premier plan du générique nous montre les rouages d'une horloge qui finit par indiquer minuit. En gros, on remet les compteurs à zéro. Le spectateurs est prévenu.
Si le premier film parlait de la naissance (libération de Néo, chapitre d'introduction, présentation de l'origine de la Matrice), le second parle logiquement de la vie (le 3em parlera bien sûr de la mort). Parler de la vie est forcément plus chiant que de la naissance ou de la mort, mais ça, les réalisateurs en sont bien conscients. Il en profitent donc pour pousser leur film à fond dans l'univers du jeux vidéo, où l'on passe d'un niveau à un autre par une succession de boss à combattre (Seraph avant l'Oracle, Smith avant l'Architecte, le sauvetage du maître des clefs...). L'esthétique jeux vidéo est pleinement assumée mais le revers de la médaille, c'est que ces scènes, aussi jouissives soient-elles, peuvent paraître dénuées d'enjeux. La où le spectateur moyen y verra une grosse lacune scénaristique, il s'agit en vérité de l'enjeux même du film : Néo
passe son temps à se battre mais ne sais jamais pourquoi. Il a des pouvoirs, les utilise à la perfection mais ne semble pas avoir de raison de se battre (il n'a pas de but). Si cela peut gêner aux premiers abords, il faut bien reconnaître qu'il est difficile de faire la fine bouche devant les combats nombreux et extrêmement travaillés.
L'esprit vidéo Games est poussé au paroxysme lors de 2 morceaux d'anthologie : le combat contre Smith puissance 100 et la scène de l'autoroute. La première tient ni plus ni moins du jamais vu sur un écran. Certes, les personnages numériques sont à 2 ou 3 brefs moments visibles mais ce n'est que peu de chose face à ce morceau inouïe : la caméra suit le combat en de longs plans séquences étourdissants, ça virevolte pour que l'on puisse apprécier le moindre coup de poing, ça ralenti pour styliser à mort... Un chef d'œuvre de chorégraphie, un authentique ballet ébouriffant. Quand à la scène de l'autoroute, si on pourra regretter l'absence d'impression de vitesse, on comprend vite que les Wachowski sont plus intéressés par faire une scène stylisée et on donc recours à des procédés pour renouveler constamment la scène (les Twins qui change de voiture en se dématérialisant, l'agent qui saute sur les voitures comme un puce, les sauts élégant au ralentis sur les camions...

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Les réalisateurs sont bien décidé à pousser leur style le plus loin possible, offrant des images d'une beauté saisissante. On retiendra notamment ce plan de Néo qui vole devant la lune et qui épuise l'imagerie Comics de Superman en à peine 30 secondes ! Grandiose. Grandiose tout comme l'explosion des camions à la fin de la scène de l'autoroute ou la chute de Trinity. Bref, Reloaded explose largement les standards du film d'action habituel.
Mais la forme du film n'en exclu pas pour autant le fond. Ainsi, la mise en place de l'univers Matrix continue : on découvre ainsi Zion pour la première fois, ce qui permet aux réalisateurs d'assumer totalement leur côté film bourrin (avec parfois des dialogues très cons, il est vrai) proche de Star Wars. Après le sérieux du premier film, il est vrai qu'on pourra toujours être un peu déçu de voir la trilogie basculer vers un côté plus classique du divertissement mais c'est en vérité pour mieux introduire une foule de personnages important ainsi que les futurs enjeux narratifs. La longue séquence à Zion permet d'introduire le peuple des humains. On sera surpris de voir qu'ils apparaissent comme une secte fanatiques (le discours de Morpheus), ce qui risque bien de choquer les spectateurs qui n'auront plus trop de sympathie envers eux. La partie à Zion est surtout l'occasion d'une magnifique danse tribale où l'on y montre la sensualité des hommes mais où ces corps en sueurs restent bardés de trous mécaniques. Un simple vidéo clip pour certains, une vrai
réflexion pour les autres, cette scène laisse rarement insensible.
On explore un peu plus la Matrice, notamment avec son long couloirs de portes, ou encore l'Architecte (j'y reviens), preuve que l'univers mis en place et plus riche et plus complexe qu'il n'y paraît.

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Un des principaux reproche fait au film vient de ses enjeux exposés très tard (20 minutes avant la fin) et qui plus est de manière maladroite (l'Architecte). C'est là que les Wachowski sont en vérité très forts. Dans le premier film, tout était expliqué aux spectateurs pour qu'ils comprennent bien de quoi retourne l'histoire. Les spectateurs moyens se laissaient berner sans problème, tenant pour acquis toutes les informations : pour eux, il y avait les gentils humains et les méchantes machines, un monde virtuel et un monde réel, une oracle super sympa et une réincarnation du Christ.... Or, il n'a jamais été dans le but des Wachowski de faire un film où tout est expliqué. Leur saga demande un effort intellectuel si on veut la comprendre. Ainsi, le premier film montrait Néo, au début, ouvrant le livre de Baudrillard « Simulation et Simulacres ». Mais ce livre était lui même un simulacre puisqu'il servait à cacher des disquettes. Et le faux livre était ouvert à la page du nihilisme (théorie qui dit que rien n'est certains). Les spectateurs moyens y ont vu un clin d'œil dans le premier film : la matrice n'est pas le monde réel. Mais cela allait plus loin puisque les Wachowski nous informaient déjà que tout ce qui allait suivre n'était pas certains. Et c'est bien le but tout dévolu à Reloaded : remettre en cause nos certitudes.
Ainsi, la cuillère de l'orphelin réapparaît avant le départ de Néo. Là où certains n'y verront qu'un clin d'œil au premier film, d'autres se rappelleront que « la cuillère n'existe pas », soit un indice important pour la suite des évènements...

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Dès lors, les 3 premiers quart de Reloaded peuvent se suivrent sans problème (on regarde le film sans se poser de questions) mais on ne comprend plus rien à la fin. Ou bien on fait attention à ce qu'on voit auquel cas le film soulève des questions forts capitales. Ainsi, Smith parviens à survivre dans un corps humains. Comment est-ce possible ? Comment se fait-il que Smith soit revenu et puisse se multiplier ? L'Oracle est finalement un programme ! Œuvre-t-elle pour aider les héros ou bien fait-elle partie du système ? 250 000 sentinelles vont attaquer, soit une part habitant . Mais comment savent-elles qu'il y a 250 000 habitants ? Et comment savent-elles où se trouve Zion ?
Les Wachowski poussent leur film dans un univers totalement geek. Le film de geek ultime. Les nerds apprécieront, les autres cracheront sur le film.

Mais le principe de questionnement atteint son paroxysme avec la mythique séquence de l'architecte où l'on y apprend que Zion fais partie de la Matrice, que Néo est un système de contrôle qui a eu 5 prédécesseurs, que la Matrice en est à sa 6em version, que la Matrice doit être Reloaded et Zion détruite... Une foule d'informations à remettre en place (surtout qu'elle sont données au travers d'un monologue brumeux) et qui demanderont de reconsidérer chaque détails des films pour bien en saisir la teneur, l'intelligence et les enjeux. On avait pas été autant sollicité intellectuellement par un film depuis « 2001 » ! Mon but n'est pas de vous expliquer tout (si vous n'avait pas encore compris le film, référez-vous à ma critique de Révolutions) mais de vous indiquer les pistes de lectures.
La remise en question totale de l'univers Matrix se poursuis enfin dans les 5 dernières minutes avant deux événement capitaux : Néo qui ressuscite Trinity DANS la Matrice et qui finis par arrêter des Sentinelles DANS le monde réel (mais l'est-il réellement ?) Du très grand art, tellement culotté que la majorité du public n'a pas voulu suivre la direction que prenait la saga (et elle prend pourtant une ampleur encore plus profonde). Le premier film comportait pourtant déjà les germes de la suite (Néo était déjà observé par l'Architecte, on lui demandé sans cesse de faire des choix, notamment Choi et sa copine Dujour mais aussi la boite ou Néo travaillait, Néo qui ne pouvait mourir, ect...)

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Un dernier mot sur l'esprit cyber du film : les Wachowski ne s'arrête pas seulement à un esprit jeux vidéo avec Reloaded ; tout l'univers Matrixien est ni plus ni moins que le must total du film cyber punk. Ainsi, si la Matrice est un monde constitué de chiffres, on trouve de nombreuses références à l'univers informatique : dans le premier film, l'Oracle donnait un cookie à Néo. Or, le cookie est un traceur informatique permettant de suivre l'évolution d'un programme (expliquant sans doute que l'Oracle puisse lire et manipuler les personnages). Le petit ami de Niobe s'appelle Lock. Or, le Lock est le processus de verrouillage d'un serveur informatique qui n' est accessible qu'aux identifiants autorisés. De même qu'il y a 250 000 sentinelles qui s'apprêtent à foncer sur Zion,ce qui est justement, le débit d'une bonne connexion. (250k). Par conséquent , on peut en déduire qu'une connexion s'apprête à effacer Zion (dans le but du Reloaded) et que le Lock peut l'en empêcher.
Dès lors, le cas de Lock rejoins celui de Néo, l'Oracle, l'Architecte, etc.. Il joue le rôle qu'on lui a attribué. Les personnages ne seraient-ils alors eux même que des programmes mis en places pour faire ce qu'on leur demande ? C'est en tout cas la preuve que les enjeux de Reloaded n'était pas ceux que l'on croyait (il sont en tout cas bien plus excitant et novateurs).
La théorie de l'univers composé de chiffre trouve également son meilleur penchant dans la théorie de la causalité exposé par le Mérovingien selon laquelle on ne fait que ce que l'on doit faire (le gâteau qui donne des orgasmes nous revois d'ailleurs au cookie de l'Oracle : un programme que l'on assimile en mangeant) et que nos vies ne sont contrôlées que par ce qui nous entoure (ce que l'Architecte semble confirmer puisqu'il surveille les héros sur des écrans). Dans ce cas, y a-t-il vraiment un choix pour les personnages ? Ce choix n'a-t-il finalement pas lieux dans le monde réel ? Si Néo est l'Elu tel qu'il fut créer, n'est-il pas le descendant du Mérovingien si l'on suis la théorie de la fonction qui désigne le personnage ? Dans ce cas, le baiser de Perséphone est-il si innocent que ça (d'autant qu'elle exige un « sample » en vo, soit un échange
de données informatiques, et que le baiser à lieu devant la cascade des toilettes qui évoque immédiatement la matrice).


En conclusion, Matrix Reloaded est un film qui demandera un grand effort intellectuel. C'est monstre dantesque, qui peut s'apprécier pour ses morceaux de bravoures inouïes mais qui est aussi une des œuvres les plus complexes, les plus riches et les plus inépuisables du cinéma. Un incontournables fiévreux et dense à classer d'urgence parmi les chef d' œuvre de la SF.



NOTE : 6/6

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MATRIX

matrix10111999. Deux frangins vont littéralement révolutionner le Cinéma d'action et de SF avec une œuvre culte : Matrix. Après avoir signé le solide polar lesbien Bound, les Wachowski nous offre un univers d'une richesse inépuisable qui n'en finis pas d'alimenter les réflexions et les débats. Le monde qui nous entoure serait artificiel, crée par des machines pour nous assouvir et nous utiliser comme énergie électrique.


Ce postulat de départ évoque bien entendu la réflexion de Kant sur la recherche de Vérité. Nos sens nous trompent. Ce qui nous entoure est-il réel ? Ce qui fait directement entrer Matrix dans les œuvres intellectuelles, que certains ont trop rapidement voulu qualifier d'œuvre philosophique. Mais Matrix n'est pas qu'une œuvre philosophique. C'est avant tout la synthèse d'une multitude d'influences sur lesquels chaque spectateur est libre de cliquer. Les Wachowski se servent de diverses sources pour bâtir leur propre univers. Une œuvre qui parle de tout et de rien.
Au delà de l'aspect philosophique, on trouve également une dimension métaphysique au travers le parcours initiatique de Néo, esclave de la Matrice qui s'éveille au monde et apprendra peu à peu à ouvrir son esprit. L'influence à Lewis Carol n'est d'ailleurs pas un hasard puisque l'on y retrouve une référence à Alice au Pays des Merveille (le lapin blanc, la descente au fond du terrier) et à De l'Autre coté du Miroir (Néo recouvert du miroir au moment de sortir de la Matrice). Il découvrira la vérité sur le monde qu'il tenait pour réel dans un décor blanc, image de sa pensée immaculée, apprendra à dépasser
ses limites mental en libérant son esprit, prétexte à des morceaux de combats anthologiques... Ce qui n'aurait pu être qu'un simple film de Science Fiction deviens dès lors une œuvre fourmillante sur laquelle chacun peut puiser ses propres analyses. Un supplément d'âme qui manque à la plupart des films en général.
Un supplément d'âme découlant également des divers références mythologiques et biblique. Ainsi, Néo est-il l'anagramme de One, soit l'Elu, l'Unique. Chaque personnage porte un mot mythologique : Morpheus, dieu des songes, est celui qui ouvre les yeux des hommes, l'Oracle est la diseuse de bonne aventure, Louis Cypher (Lucifer) est le traite de la bande... Ce film d'introduction, premier volet d'une trilogie, suis donc à la lettre les écris de Joseph Campbell qui démontrait que chaque mythe suis le même schéma. Morpheus est le mentor au même titre qu'un Gandalf, Néo est l'Elu comme le Christ ou un Luke Skywalker, Smith est le double maléfique au même titre qu'un Vador, ect...

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En puisant dans une multitude d'ouvrages, les Wachowski bâtissent un univers qui acquière sa propre dynamique. On aura le droit se prendre ça pour un simple artifice, mais on a le droit de se demander pourquoi , par exemple, la mère de Morpheus l'a-t-elle appelé comme ça ! Un signe que l'univers Matrix serait plus riche qu'il n'y paraît ? (évidemment ! Reloaded éclairera d'ailleurs ce point).
Néo deviens un figure Christique, renforcée au moment de sa mort temporaire, devant l'appartement 303. Sachant que Néo habité l'appartement 101 au début du film (référence au code binaire informatique), on peut lire le clin d'œil comme 3 fois 101. 3 étant le nombre de jour que mis l e Christ à ressusciter. D'ailleurs, Néo met exactement 72 secondes à se relever (3 fois 24 heures donc 3 jours). Et des références comme ça, il y en a des tonnes, toutes plus ou moins évidentes (le labyrinthe du Minotaure lors de la scène du téléphone, Néo qui monte au ciel à la fin...).

Mais Matrix est avant tout un film d'action est c'est là que l'univers de la Matrice s'avère payant, puisque n'obéissant à aucun lois particulière (ou du moins, ces lois peuvent être enfreintes). Ce qui nous vaut un brillant hommage au kung-fu japonais avec des scènes de baston magnifiquement chorégraphiées et défiant les lois de la gravité. L'influence de Matrix fut si importante d'ailleurs que l'on a, depuis, retrouvé ce type de combat dans tout et n'importe quoi (Charlie's Angels, Shrek ,Scary Movie, ect....), au même titre que l'effet du Bullit Time, figure visuel plagiée à outrance (dans la pub, dans les clips, dans les films...). Signe que Matrix s'est imposé comme une œuvre phare incontournable. Bible, Campbell, Kant, kung-fu, manga, jeu vidéo... Un cocktail détonnant aux lectures inépuisables, à l'esprit visuel très fort (couleur verte pour la matrice, bleu pour le réel, rouge pour la vérité...) dans le but d'offrir un spectacle inédits...

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On constatera toutefois que beaucoup ont suivis Matrix comme un film intelligent donnant les clefs aux spectateurs pour en comprendre l'univers (« ceci est une pile », « il y a le monde réel et la matrice »...). Or, on trouve tous les germes de la suite de la saga dans ce chapitre d'introduction. Ainsi, Néo ouvre le livre de Baudrillard au début du film « Simulation et Simulacres ». Là où certains y ont vu un clin d'œil à ce qui allait suivre (le monde de la matrice n'est pas réel), d'autre verront que le livre est ouvert au chapitre du nihilisme, preuve que rien de ce que l'on va nous dire par la suite n'est certains. Ceux qui seront passés à côté de cet élément s'enfonceront dans le terrier du lapin et dans leurs certitudes et critiqueront bêtement Reloaded et Revolutions, les autres applaudiront l'étonnante rigueur des frangins Wacho). De même, divers éléments de ce premier film restent sans réponses, comme la multitude d'écrans qui observent Néo, la volonté de Smith de ne pas le tuer dans la même scène (« nous avons besoin de vous »), le fait que les humains puissent télécharger des programmes dans le cerveaux... Une séquence comme celle de la femme en rouge prend d'un seul coup tout son sens au vue des suites : Néo la suis du regard et elle se révèle être un agent (alors que le rouge est censé être la couleur de la vérité). Là, Morpheus fige l'image. Nous n'étions que dans une réplique de la Matrice. Les spectateurs moyens se disaient alors « mais oui ! il faut se méfier des agents qui peuvent être n'importe qui ! » et passeront à côté de l'info la plus importante de cette scène : les humains sont eux même capable de produire des répliques de la matrice et de créer des humains et des agents ! D'ailleurs, l'agent Smith braque l'arme sur le spectateurs à ce moment précis pour lui indiquer qu'il est inattentif à tout ce que cette simple séquence révèle !
Complexe ? Assurément, mais c'est bien la preuve que Matrix ne s'arrête pas aux références les plus évidentes et que le spectateur se doit d'être attentif et de faire fonctionner ses méninges pour bien saisir toute la complexité et la richesse de l'univers du film. Il y a des tonnes de niveaux de lectures. (à noter également que la thématique du Choix au cœur des suites est déjà présent à travers le couple Choi et sa copine Dujour qui viennent chercher Néo au début ou encore les multiples choix qu'on l'oblige à faire : arriver à l'heure, collaborer avec les agents, prendre la pilule rouge...)


Ceux qui s'arrêteront à ce que le film exprime tout haut (méfions nous de nos sens, libérons notre esprit...) passeront en partie à côté du film et seront largués par les 2 suites, les autres continueront d'acclamer cette œuvre ultime et inépuisable qui prendra encore plus de valeur au regard de la trilogie complète. Une référence absolue ! !



NOTE : 6/6

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ANIMATRIX

animatrix01Les Wachowski sont merveilleux. En plus de nous offrir LA trilogie absolue en matière de SF (et ne me parlait pas d’une certaine galaxie très très lointaine !), il se payent le luxe de développer leur univers inépuisable en produisant une série de court métrages animés directement branché sur la Matrice. Ca n’a l’air de rien comme ça, mais rappelons quand même qu’il s’agit avant tout d’un produit promotionnel qui était destiné à faire la pub de Reloaded au ciné. Et un outil promotionnel qui s’impose comme une anthologie de l’animation, c’est carrément une oeuvre d’art !

Ensuite, il s’agissait avant tout de rendre justice à la plupart des influences de la trilogie. En effet, ceux qui pensent que les Wachowski ont tout inventé dans leur saga sont une bande de petits incultes avec deux petits neurones qui se battent en duel. Non, la trilogie Matrix puise à fond dans l’animation japonaise et le manga, et cette compilation de court-métrage n’est jamais qu’un retour aux sources.

Et pour finir, le 2em intérêt d’Animatrix est d’étendre l’univers matrixien vers des horizons inconnus, enrichissant d’avantage le matériel de base. Alors c’est parti pour une brève critique de chaque épisode !

LE DERNIER VOL DE L’ OSIRIS

Le programme commence fort avec ce joyau de l’animation ! Ce court-métrage sert de point de départ à Reloaded et au jeu vidéo Enter the Matrix : un vaisseaux, l’Osiris, découvre que les Sentinelles sont en train de creuser en direction de Zion et qu’elles ont levé une armée prête à anéantir la dernière ville humaine. Ecrit par les Wachowski, ce splendide prologue a été réalisé par les créateurs doués du film Final Fantansy. Le photo-réalisme atteint un degré de beauté inouïe.

Le dernier vol de l’ Osiris constitue les préliminaires de la suite. C’est d’ailleurs la première scène : deux combattants s’entraînent au sabre dans une simulation de combat. Ils vont se déshabiller progressivement, révélant une sensualité et une anatomie parfaite. En plus d’être chargée d’érotisme juste qu’à la gueule, cette séquence nous rappelle que ces corps parfaits ne sont qu’une image mental du moi digital (remember matrix1) et permet en même temps de présenter deux personnages attirés l’un par l’autre. Pas une ligne de dialogue n’est prononcée mais on est immédiatement touché par ces personnages. La suite brise cet univers sensuel et chaud pour basculer vers la froideur métallique du monde réelle avec une scène d’action visuellement si hallucinante qu’elle aurait pu figurer dans les films sans qu’on remarque la différence entre le film et l’animation. La fin, sombre et émouvante, nous laisse sur les genoux. Un must !

NOTE : 6/6

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LA SECONDE RENAISSANCE - PART 1/2

Revenant à une animation plus traditionnelle (contrairement à la 3D de l’Osiris), ce chapitre, écris également par les Wachowski, nous montre l’origine de la Guerre qui oppose les humains aux machines. Ca démarre comme du Asinov (avec ses 3 lois de la robotique) pour déboucher sur une réflexion pointue sur le rapport que l’homme entretiens avec les machines. En à peine 10 minutes, on y retrouve tout l’intelligence et l’intensité de Blade Runner et AI réunis ! Les hommes refusent d’accepter les machines comme des êtres intelligents et les dénigrent. De ces évènements découlent une mise en parallèle avec la Seconde Guerre Mondiale et le Vietman. Utilisant le principe du documentaire (tout le court métrage est composé d’images d’archives), on y trouve une intensité qui laisse pantois, notamment dans cette séquence où une femme se fait tabasser, avant que l’on nous révèle qu’il s’agit d’une machine. A peine a-t-on réalisé cela qu’elle se fait exploser la tête. Eprouvant. Toute la bêtise humaine concentrée dans quelques images fortes. La fin (l’ONU refusant l’entrée des machines) scelle un destin qui nous sera conté dans la suite. Après ce premier volet, les doutes ne sont plus permis : Animatrix s’impose comme une oeuvre à part et aurait mérité une sortie au cinéma tant le niveau est excellent.

A noter quelques éléments important à la compréhension de Reloaded : les machines se réfugient dans « le berceau de l’humanité » dans une vile qu’elles baptisent « Zero-One » (Zion !)

NOTE : 6/6

LA SECONDE RENAISSANCE  - PART 2/2

Suite directe du court métrage précédant, on lorgne cette fois plus volontiers du côté de l’action pure en nous montrant la guerre qui engendra la fin de l’espèce humaine. Le choc des images est profond. L’homme va à sa propre destruction en couvrant le ciel pour empêcher les machines de puiser dans l’énergie solaire. La bataille qui suis est tétanisante, ultra réaliste (malgré le côté animation). Le message des Wachowski est clair : tolérons les machines que nous avons créer à notre images (une des plus belles phrases du court métrage : « bénis soient toutes formes d’intelligence »). La destruction de l’espèce humaine nous bouleverse car elle ?oppose à la mort des machines du premier épisodes : les hommes ne méritent-ils pas leur mort ?

On assiste également à la création de la première Matrice (vision d’horreur que nous épargnait en partie le premier Matrix ) avec les expériences sur les hommes.

Le court métrage s’achève sur un pacte signé entre les derniers hommes et les machines. Un phrase qui permet d’ailleurs de mieux saisir les enjeux de Revolutions : « votre chair est une relique, un simple récipient. Offrez nous votre chair et un monde nouveau vous attend ». Viens cette séquence lyrique qui nous achève littéralement ; celle d’un enfant courant dans un monde ravagé mais plein de poésie (neige, chant lyrique) puis se soumettant à ses parents (des machines). A fusion entre l’homme et la machine à eu lieu (la naissance : l’homme, la renaissance : les machines, pour en arriver à la seconde renaissance du titre)

Avec toutes les idées visuelles et narratives de ces 2 chapitres d’Animatrix, il y a de quoi nourrir une trilogie entière. Le sommet absolu de ce programme d’animation.

NOTE : 6/6

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L' HISTOIRE DU KID

Ce volet est le dernier à être directement relié à la trilogie. On y suit en effet la fuite du Kid hors de la Matrice. Le kid n’est autre qu’un des personnages secondaires de Reloaded et Revolutions. Si au premier abord ce court métrage peut sembler dénuer d’intérêt, il s’agit pourtant d’un excellent dérivé du film. Le kid revis en quelque sorte le parcours initiatique de Néo dans le premier film : discussion sur son ordinateur, poursuite par les Agents et libération du monde de la matrice.

Ce qui fait l’intérêt de ce court-métrage, c’est son visuel étrange, très brouillon. Cela donne lieu à une ambiance étrange qui colle parfaitement à l’esprit de la bande. En particulier lors de la mémorable poursuite en skate. Sans vraiment révolutionner l’univers matriciel, on en apprend désormais un peu plus sur le Kid et il y a un très bon rythme qui le rend captivant, comme dans cette scène passionnante où le téléphone sonne dans la classe. L’épisode se centre quand même sur une idée brillante : on peut s’auto-soustraire de la matrice. Psychologiquement, ce court métrage est plutôt violent puisqu’il s’achève par le suicide de l’adolescent qui sort ainsi de la matrice. Un message vraiment dérangeant, mais captivant, preuve une nouvelle fois de l’incroyable intelligence des Wachowski. On peut en effet voir une illustration glaçante du suicide des jeunes à notre époque. Excellent et perturbant.

NOTE : 5/6

PROGRAMME

La qualité ne baisse pas avec ce volet très intéressant. Le plus poétique. Une jeune femme s’entraîne dans un simulation de la matrice et affronte son compagnon qui lui propose de quitter la solitude du monde réel pour être rebranché dans la matrice.

Cela donne lieu à des images féerique, comme le combat dans les champs, puis le cache-cache avec ses longs couloirs de protes, puis enfin le face à face final sur un toit englobé par une lune magique.

Une histoire d’amour sordide et forte qui trouve son apogée dans le coup de lame final, dans un ralenti extrême et dans un dénouement pour le moins surprenant : il s’agissait d’un entraînement pour tester la fiabilité des résistants.

C’est un hommage réussis et passionnant à l’intrigue de Cypher dans le premier Matrix, plein de lyrisme et d’émotion.

NOTE : 5/6

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RECORD DU MONDE

Là encore, ce court métrage nous montre qu’il est possible de quitter la Matrice par différents moyens. On suit un champion sportif qui souhaite exploser les limites de son corps en battant un record du monde de sprint. Ses efforts physiques sont tels qu’il s’affranchit de toute limite et parviens, brièvement, à sortir de la Matrice.

Une idée forte, parfaitement retranscrite par des gros plans sur les muscles malmenés. La conclusion est pour le moins terrible (le sportif e parvenant pas à quitter la matrice et se retrouvant paralysé).

Si cet épisode est moins convaincant que les précédents, c’est avant tout pour son manque de rythme et de rigueur. Un opus moins rigoureux mais pas dépourvu d’intérêt.

NOTE : 4/6

AU-DELA

La qualité remonte d’un cran avec ce court métrage qui illustre une des répliques soulevée par Reloaded : la présence de fantôme dans notre monde serait du à des bugs de la matrice.

Cette idée sert de point de départ à une oeuvre assez métaphysique mais tout en légèreté. Dans une maison hantée, des enfants s’amusent avec les différentes bizarrerie : s’écraser au sol sans même le toucher, devenir aussi léger qu’une plume, caser une bouteille qui se reforme aussitôt?

C’est plein de poésie, le graphisme est très proche de Myazaki, et c’est plein d’idées visuelles étonnantes. Sans renouveler l’univers de la matrice, cette oeuvre se laisse regarder avec intérêt et avec douceur, loin de la violence des autres opus. Magique, tout simplement.

NOTE 5/6

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UNE HISTOIRE DE DETECTIVE

Un volet un peu décevant dans le sens où il n’apporte rien à la trilogie. On suit l’enquête d’un détective privé sur les traces de Trinity. L’intérêt n’est pas de faire avancer le schmilblick mais de rendre un hommage aux vieux polars des années 30. Force est de reconnaître que l’esthétique y parviens parfaitement : ambiance noir et blanc (avec touche de rouges par endroits), voix of lancinante, musique totalement en phase avec l’ambiance piano-bar? Là où ça coince, c’est que le rythme est lent, très lent. Bien que l’oeuvre soit assez courte, elle paraît un poil longuette. Niveau graphisme, c’est toujours d’un très haut niveau (c’est le même dessinateur que l’Histoire du Kid) mais à part ça, cet opus n’est pas le plus passionnant ni le plus riche du programme.

NOTE : 4/6

MATRICULé

Cet épisode est assez difficile à cerner. Il est aussi grandiose que foireux. Le foireux ? Une première partie trop longue et visuellement assez moche où l’on suit un groupe de résistant qui tente de capturer un robot. Cette partie est trop longue à en venir à l’essentiel, à savoir une idée passionnante : et si les « humains » inversaient le processus de la matrice pour l’utiliser sur les machines ?

Ce qui permet de voir une seconde partie hallucinante. Une espèce d’hallucinogène où l’on voyage dans la psychologie d’une machine. Visuellement, ça deviens délirant, plein d’invention toute plus étonnante, original et envoûtante les une que les autres. Ce qui nous conduit au dernier acte de cet ultime volet un peu longuet : les humains arrivent finalement à inverser le programme de la machine pour que celle-ci les aide. Or, cette machine qui fins par aimer une des humaines? Non, je n’en dis pas plus ! La fin est terrifiante et je préfère ne pas la gâcher.

Ce dernier court-métrage n’est pas le plus convaincant (la faute à une première partie moche et trop longue à en venir à l’essentiel) ais c’est en tout cas le plus déstabilisant et le plus barré. Ce n’est pas non plus le moins intéressant, au contraire !

NOTE : 4/6

A l’issue du visionnage de ces Animatrix, on pourra en conclure qu’on est face à une série de films de très haut niveau visuellement. Ca nous change de la 3D ou de l’animation à la Disney, et c’est bien plus stimulant pour l’esprit. Nous ne somme donc plus face à des films promotionnel mais bien face à une oeuvre indispensable pour enrichir les connaissances de la matrice. Un vrai programme complémentaire. Visuellement, c’est du très haut niveau, et c’est d’autant plus réjouissant que chaque épisode possède un style différent. L’unité entre les épisodes se crée d’elle même.

On pourra donc conclure que l’on trouve 3 chef d’oeuvre de l’animation, 3 excellents courts métrage animé, et 3 autres courts de bonne qualité mais moins convaincant.

Une série de film en tout cas bien plus convaincant qu’une large partie des films d’animation actuels. On a en tout cas très envie d’en voir une autre série : un Animatrix 2 qui serait totalement supervisé par les Wacowski (on a le droit de rêver, non ?)

NOTE GLOBALE: 5/6

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25 juillet 2005

ALEXANDRE

alexandre00Oliver Stone en avait rêvé pendant des années : une fresque grandiose sur la vie d’Alexandre le Grand. Une fois le projet sur les rails, on ne pouvait que fantasmer face à ce qui s’annonçait déjà comme un film barbare, énervé et polémique. Du Stone quoi. D’autant plus que le casting de rêve et le budget pharaonique (150 millions de dollars tout de même) avait tout pour faire mouiller la liquette. Et pourtant, Alexandre est finalement accusé d’être un Stone académique dans sa mise en scène, et de ne pas être un film traité à bras le corps. Pourtant, on s’aperçoit déjà que le film ayant ses propres détracteurs montre bien que nous sommes bien encre une fois face à un film de Stone. En effet, il s’agit sans aucun doute de son film qui divise le plus, y compris chez ses fidèles.

Alexandre est pourtant un « film malade » qui mérite d’être découvert et qui prendra sans aucun doute une plus grande valeur avec le temps. A ceux qui s’attendaient à une fresque énervée sur les 7 années de conquête, Stone a préféré livrer un regard intimiste sur ce héros antique. Un choix on ne peut plus osé qui met en veilleuse l’aspect spectaculaire (2 batailles seulement) pour se concentrer ses les dilemmes, les rêves, les amours et la famille d’Alexandre. Un regard terriblement humain, proche d’une tragédie grecque, notamment dans les relations oedipienne d’Alexandre vis-à-vis de ses parents. Les ambitions de Stone sont clairement affichées dans la séquence de la caverne où Phillipe narre à son fils les histoires des héros mythiques, d’Achille à Œdipe en passant par les Dieu, en particulier Zeus. Cette caverne aux mythes tous plus cruels les uns que les autres, Stone y reviendra constamment pendant le film pour bien souligner le statut mythique d’Alexandre. Sa destinée sera sombre, ses aventures d’une grandeur sans pareil. La vie d’Alexandre sera régulièrement mise en parallèle avec celles des héros qui le fascinent. Sa relation avec Hephaïstion renverra à Achille et Patrocle, un baiser quasiment incestueux à Olympie rappellera celui d’Œdipe.

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Par ces rappels mythologiques, Stone donne à Alexandre un statut de demi-Dieu à son héros, rappelant que les destins des grandes guerres et conquêtes se sont souvent joués sur l’oreiller. En cela, son film se rattache parfaitement à la mouvance de ses précédents films avec mystification du réel (JFK, le Vietnam de Platoon). Il accentue d’ailleurs cette idée par une représentation animale de ses personnages. Olympie, vénérant les serpents, se verra de plus en plus comparée à Medusa. Les cheveux attachés durant la première partie du film, ceux-ci sont finalement lâché à partir de l’assassinat de Phillipe, montrant tout l’aspect venimeux de sa personnage, suggérant qu’elle est sans doute lié au meurtre. Le parallèle est clairement établi au moment de l’empoisonnement d’Alexandre, celui-ci ayant déjà plus ou moins sombré dans la folie. Alexandre y voit  le visage de sa mère à la chevelure remplacée par des serpents (celle-ci portait d’ailleurs un culte à Dyonisos). Alexandre est quand à lui associé au Lion, empereur des animaux. Ainsi, le rugissement de lions sera associé aux armées d’Alexandre lors de la première bataille du film. De même qu’au moment de boire le vin empoisonné, Alexandre porte une tête de lion, recouvrant son vrai visage. Stone rappel que ses personnages humains, associé à des animaux sacrés, sont devenu eux même ses animaux, perdant sans doute en route leur humanité. Il n’y a qu’à revoir la scène de sexe bestiale avec Roxane pour s’en convaincre. Enfin, l’autre animal récurrent est l’aigle, associé à Zeus (on disait qu’Alexandre était le fils de Zeus), véritable guide spirituel dans la quête du héros. Un animal présent au moment de ses réussites (voir la première bataille) et disparaissant lors de la traversée des montagnes, comme pour symboliser l’échec qui l’attend. Il revient d’ailleurs une dernière fois à la mort d’Alexandre, prêt à l’emporter au royaume d’Adès pour l’emmener rejoindre Hephaïstion.

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Dans cette œuvre colossale à la candeur intimiste, Stone met de côté son hystérie visuelle pour déplacer la rage dans les scènes de dialogues. Ainsi, la violence n’est pas tant visuelle que psychologique. En cela, le casting est tout simplement impeccable. Angelina Jolie offre à chacune de ses apparitions un mélange d’érotisme furieux mêlé de tendresse sournoise. Sans hésiter : sa meilleure prestation. Val Kilmer est pour sa part méconnaissable sous les traits du Roi Phillipe : la scène d’orgie où il renie Alexandre, le viol d’Olympe sous les yeux du jeune enfant et son assassinat font encore partie des scènes fortes du récit, renforçant l’aspect enragé du récit, distillant une colère déteignant sur Alexandre. Alexandre qui est par ailleurs campé par un Colin Farrel habité qui trouve lui aussi son meilleur rôle, offrant à son personnage toute son animalité et un pouvoir de séduction aussi bien auprès des femmes que des hommes. Sans oublier ses séquences de mobilisation des troupes où Colin Farrel parvient à rendre puissant ses monologues (le discours avant la première bataille, mais aussi sa colère en Inde). L’hystérie propre à Stone est donc moins démonstrative mais toujours là, plus latente, éclatant dans des moments d’une puissance sauvage. Ainsi, Alexandre le Grand, bien qu’idolâtré, deviens un homme dont les conquêtes ne masquent pas le prix du sang, comme on le constatera dans la scène d’euthanasie où Alexandre finira en larmes. Bien qu’étant un immense conquérant, Alexandre n’en demeurait pas moins un homme proche du tyran comme viendront le rappeler le meurtre de l’ami de son père, sans oublier un de ses proche sacrifié pour tentative supposée d’assassinat. Des séquences crues et violentes.

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Bien entendu, il serait trop facile de prétendre que Stone a livré là un film parfait. On relèvera ainsi le défaut majeur du film : être une sorte de cours d’histoire très scolaire. Ainsi, si les chapitres de la vie d’Alexandre sont judicieusement choisis, c’est par Ptolémée que nous est narré la vie d’Alexandre. Une approche scolaire un peu trop facile (ce à quoi Stone ne nous avait pas habitué) qui nous vaut de longues scènes de blabla (en particulier tout au début) où un Anthony Hopkins joue les profs d’histoire à un scribes ressemblant à Vincent McDoom. On aurait à la rigueur préféré des textes explicatifs, plus courts et moins lourdingues. Ainsi, on sera surtout frustré de voir chaque grande conquête expliquée narrativement alors qu’il s’agit quand même d’une des pièces majeurs de la vie du conquérant (il aurait de toute façon fallu deux films de 3 heures pour rendre totalement justice au personnage). Les scènes avec Ptolémée vieux ont hélas tendance à allonger un film par ailleurs un poil trop long (sans ces longues scènes explicatives, le rythme eut été plus fluide). Au rayon des autres fautes de goût, on relèvera la musique pompière de Vangelis qui, à l’exception du thème musicale accompagnant les parents d’Alexandre, se révèle banale, fade, sans surprise ni audace. Puis enfin, on pourra reprocher aux deux scènes de bataille d’être par moment parfaitement illisibles, la caméra parkinsonnienne filmant des trucs informes que le monteur épileptique insère pour donner un vague sentiment de chaos. Dommage.

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Mais résumer Alexandre à ces défauts réels ne serait pas rendre justice au film. Stone a beau se rater à quelques reprises, il n’en demeure pas moins que son film comporte de multiples instants de grâce. Ainsi, le soin apporté aux costumes et aux décors en fait un des péplums les plus réalistes jamais tournés. Mais surtout, le film évite précisément tout ce qui faisait l’échec de Troy, avec sa vision édulcorée du récit. Historiquement parlant, le film est très impressionnant, classant Alexandre dans une case plus « historique » que celle du péplum. Mais il y a aussi toutes ces scènes qui vont à contre-courant des grosses productions Hollywoodiennes. A commencer bien sûr par l’omniprésence de l’homosexualité, abordée de front. On ne compte plus les allusions aux éphèbes, les danses suggestives… Mais surtout, on dénote un soin particulier apporté à la relation d’Alexandre avec Hephaïstion. Sans hésiter le plus beau couple gay qu’une grosse production nous ait montré, sans cliché, avec de nombreux échanges tendres et loyaux, donnant par ailleurs lieux à quelques une des plus touchantes scènes du film. Les petits bourgeois et beaufs coincés s’offusqueront. Tant mieux. On relèvera également les nombreuses scènes d’orgies qui, si elle ne vont jamais trop loin, reste tout simplement inédite dans un film de 150 millions de dollars (ce qui explique qu’un Caligula aille plus loin : moins de risques économiques). Le film de Stone recèle donc quantité de grands moments qui en font un film indéniablement plus fort qu’une large partie du cinéma traditionnel. Surtout que le réalisateur parvient à distiller par petites touches quelques expérimentations visuelles, à commencer par un générique de toute beauté, mais aussi le filtre rouge lors de l’assaut des éléphants, la caméra chahutée dans cette même scène, le survol de l’aigle… On est certes loin du délire frénétique de l’Enfer du dimanche mais le film reste malgré tout un film de Stone.

Alexandre est donc une œuvre imparfaite, mais dense et riche, couillu qui prendra sûrement de la valeur avec le temps. En tout cas, ses audaces, sa qualité d’interprétation et sa richesse en fond un film branlant mais luxueux au fort pouvoir de fascination.

NOTE :   5/6

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ALADDIN ET LE ROI DES VOLEURS

aladdin300Le Jour et la Nuit en comparaison avec le Retour de Jafar. Après avoir ouvert le bal avec le premier Aladdin en 1992, lancé la première suite en même temps qu’une série télé, il était temps d’en finir avec la saga et c’est un nouveau direct-to-video qui est chargé de boucler la boucle. Il faut dire qu’avec les 10 millions de VHS vendues du deuxième chapitre l’affaire était des plus juteuse. Ce qui avait de quoi faire peur : le réalisateur du Retour de Jafar reviens, le compositeur musical aussi… Angoisse…

Et puis finalement, tout le monde semble avoir décidé de faire des efforts, à tel point que ce nouveau film peu prétendre sans trop de doute au titre de meilleure suite en vidéo et même peut être de meilleure suite Disney tout court. Un exploit. Sans jamais se hisser au niveau du film original, le Prince des Voleurs effectuent une série de bons choix. Jafar étant définitivement hors circuit, le récit a pu se concentrer sur une des bonnes idées de la série télé : exploiter les divers mythes orientaux. A la place du mythe de la lampe magique et du tapi volant, ce sont cette fois les 40 voleurs qui sont mis au centre des l’histoire. Une excellente idée, permettant de retrouver le célèbre « Sésame, Ouvre-toi ». Un rafraîchissement bienvenu dans la série, qui évite la redite, prend une nouvelle direction. En plus de l’emprunt à Ali Baba, les enjeux vont se déplacer vers une quête de la main de Midas, offrant au film de nouveaux éléments mythologiques bienvenus, sans oublier le Sceptre Magique. L’heure est à la nouveauté, à l’enrichissement. L’heure est également aux adieux. En chapitre final digne de ce nom, le film va enfin mettre en scène le mariage entre Aladdin et Jasmine. Finis la romance gerbante du 2em opus. Ici, le mariage a lieu mais il est en plus gâché pour notre plus grand plaisir par les Voleurs. Un vrai bonheur ! Et le film se conclu d’ailleurs sur un retour au narrateur du premier film pour bien fermer la boucler.

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Les ambitions d’Aladdin et le Roi des Voleurs sont donc des plus louables. Et payantes. Car non seulement on s’éloigne de l’agaçante confrontation gentil-méchant, mais en plus, les personnages retrouvent enfin une vraie profondeur. A commencer bien entendu par le héros. Véritable tête à claque dans le deuxième épisode, Aladdin est cette fois-ci exploité à fond grâce à l’arrivée d’un personnage clef : son père. Si la ficelle parait énorme, elle est admirablement intégrée au récit, d’une parfaire cohérence et permet de voir pour la première fois une certaine dualité chez le héros, qui n’est plus sans peur et sans reproche. Il faut dire qu’Aladdin retrouve enfin son père mais découvre que celui-ci est le chef des 40 voleurs. On aurait pu craindre un gros couplet sur la famille avec gros happy-end, mais non, là encore, le film choisis de surprendre, le père d’Aladdin restant malgré tout un « bandit » amoureux des richesses le père et le fils, bien que s’aimant, ne restant pas ensemble. Un certain anti-conformisme surprenant de la part de Disney, qui plus est pour une suite. Pour un peu, on serait tenté de dire que l’intrigue de ce 3em opus est la meilleure, du moins la plus surprenante. Et un point positif de plus dans le panier.

Au menu des autres réjouissances, on assiste à un retour en force de l’humour du Génie (qui semblait vraiment crevé dans le Retour de Jafar). Sans doute cela est-il du au retour de Robin Williams pour doubler le personnage après le stand-by du précédent opus –avec au passage un clin d’œil à son personnage de Madame Doutfire. Toujours est-il que le Génie retrouve son éclat et nous offre un pétage de plombs anthologique. Un véritable one-man show renouant avec la veine des Tex Avery et une série de parodie des films maisons annonçant déjà l’irrévérence de Kuzco et Lilo and Stitch. Alice aux pays des Merveilles, Pocahontas, Cendrillon, Blanche-Neige… Passé à la moulinette le temps d’un gag pour notre plus grand plaisir. D’ailleurs, le meilleur  hommage à Disney est sans doute le dernier, avec Mickey Mouse sur son bateau. Une marque de respect pour l’animation à l’ancienne du studio qui tranche avec le je-m’en-foutisme des suites habituelles. L’animation est d’ailleurs particulièrement appliquée pour offrir une conclusion de trilogie de bonne tenue. Certes, on est encore très très loin du visuel fouillé des productions cinéma du studio. Il n’empêche que des efforts ont été fournis pour éviter toute sensation de bâclage : 400 artistes ont été utilisés, le film s’est fait au format 16/9 comme l’original (le Retour de Jafar était au format 4/3)… Les efforts se sentent à chaque instant. Agrabah est de nouveau une ville vivante dominée par un Palais étincelant, les personnages sont dessinés moins grossièrement (les traits noirs sont moins gênant) avec en particulier le méchant Razul très ciné génique et surtout, le père d’Aladdin est sûrement le plus viril et excitant des personnages Disney.

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Toujours dans la liste des réussites, on appréciera la richesse des décors avec une mention particulière à la Cité Englouti reposant sur le dos d’une tortue géante. Les scènes d’action sont quand à elle plus que correcte. Si l’affrontement final est des plus frustrant (peut-on d’ailleurs parler d’affrontement ?), de nombreuses scènes impressionnantes emportent le morceau : le mariage perturbé par le chaos total, l’ouverture d la Mer (bon, on est loin du Prince d’Egypte, certes), un combat sous la pluie et un final sur l’océan… Pas de doute, le Roi des Voleurs est une conclusion mouvementée, exotique et rafraîchissante. Un véritable enrichissement de la saga et pas une simple suite torchée pour faire de l’argent.

Enfin, ajoutons de nouvelles chansons réussies qui surpassent nombres de chansons de Disney cinéma. La Fantasya à Agrabah est virevoltant, la chanson des 40 voleurs fonctionne aussi… Pas de très grand Disney mais largement de quoi passer un bon moment.

Pour son chapitre de fin, la trilogie Aladdin efface donc le mauvais souvenir du Retour de Jafar. Un très bon moment en famille et un direct-to-video soigné (sans pour autant égaler le modèle) et, pour une fois utile. On retrouve enfin la Magie du Pays des Mille et une nuits dans un festival d’aventure et de drôlerie des plus réjouissant. Si vous ne devez voir qu’une suite Disney, c’est celle là.

NOTE :   4/6

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LE RETOUR DE JAFAR

jafar00C’est en 1993 que le studio Disney a décidé de lancer la première suite de classiques directement en k7. Premier dessin animé à être massacré : Aladdin. Le but est de profiter du Nouvel Age d’or du studio pour décliner chaque grande œuvre avec des suites produites pour le marché de la vidéo et destinée à faire des bénéfices en remisant au placard toutes ambitions artistiques.  Dès ce Retour de Jafar, les quelques utopistes ont du se calmer face à l’idée de découvrir une suite à un des films majeurs produit par le surestimé Disney.

Autant le reconnaître, à la fin du premier Aladdin, on avait quand même très envie de voir une suite. Franchement, avec un Jafar devenu Génie tout-puissant et maléfique, il y avait matière à un projet dantesque et apocalyptique. Des espoirs renforcé à l’annonce du titre du film : le Retour de Jafar. Un titre banal mais fichtrement évocateur plein de promesses. Seulement, à peine le générique a-t-il commencé que l’on a déjà envie d’éteindre la télé. Le générique du premier film est repris ici mais les images font peine à voir. Aux envoûtants déserts du premier film sous un ciel noir profond succède un désert moche dépourvu de charme et de dépaysement. Et la magnificence d’Agra bah laisse place à un palais grossièrement dessiné, sans la moindre puissance évocatrice. La boîte de production du film est clair : Disney Television. Pas de doute, le Retour de Jafar évoque plus un dessin animé Disney du samedi matin qu’un des grands classiques de Noël. On peu même se demander si le Retour de Jafar n’a pas été conçu pour être un épisode de série télévisée puisque toutes les 10 minutes, un fond noir vient nous couper dans l’action. Cette hypothèse est plus que probable puisqu’ Aladdin connu une série de 3 saisons (pour 86 épisodes en tout) dans laquelle le personnage d’Abis-Mal était récurant.

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Quoiqu’il en soit, l’animation ne permet jamais de retrouver la féerie du modèle. Aucun exotisme dans les décors désespérément désert et des personnages que l’on peine à retrouver, à commencer par un Jafar aux traits grossiers, aux couleurs ternes (où est passé son costume noir ?). Quand à la psychologie des héros, elle fait sois du surplace (le Genie est égal à lui-même) sois elle est en dangereuse régression. Aladdin, déjà un peu crétin dans le film original deviens un insupportable gamin faisant constamment de mauvais choix et Jasmine s’est éloigné du modèle. Fini la femme pulpeuse et explosive. Place à la Jasmine frivole et amoureuse (donc niaise) qui n’a plus aucun piquant. Seul Iago bénéficie d’un traitement de faveur. Il vole de très loin la vedette à tout le monde car il bénéficie d’une ambiguïté morale savoureuse : cherchant à se rallier par intérêt avec les gentils puis revenant vers Jafar peur, choisissant enfin un camp… C’est lui le vrai héros du film (il sauve la vie d’Aladdin, sauve le Génie et détruit la lampe !), éclipsant tous les autres qui nous tapent de toute façon tellement sur le système qu’on ne s’en plaint pas.

Si Iago est mieux approfondis que les héros, il est aussi plus intéressant que les méchants purs. On ne s’étendra pas sur le cas Abis-Mal, archétype du criminel idiot dot on se demande bien comment il s’est forgé une réputation de grand méchant. Non, car s’il y a bien un personnage qu’on voulait revoir, c’est Jafar. Et là, c’est peine perdu, car ce qui devait être le maillon fort deviens non seulement le maillon faible mais carrément le boulet du film. Il faudra patienter 30 minutes avant qu’il ne se décide à sortir de sa lampe. 30 minutes pour un film de 1h06, c’est long, surtout quand on est censé être le pivot du récit. 30 minutes durant lesquels on assistera à des crises d’amour parfaitement futiles dans le couple Aladdin-Jasmine (alias le boulet 2 et la boulette). Une absence quasi-totale d’enjeux (le Sultan acceptera-t-il Iago et pardonnera-t-il le mensonge d’Aladdin : waou ! ça c’est du suspens !) entrecoupée de chansons tellement forcée qu’on imagine aisément le cahier des charges des réalisateurs : »vous devez mettre des chansons pour que le film atteigne les 1heure de film réglementaire ». Cela dit, les chansons, sans être de franches réussites sont relativement supportables en regards de celle dont les autres suites Disney seront farcis. Le numéro de Iago est fun, celui du Genie fonctionne sans casser de briques (disons que les paroles à base de « rien de meilleur dans la vie qu’un ami », ça casse les couilles même si la musique est sympa). Le seul vrai moment musical réjouissant est le délire de Jafar, parfaitement farfelu.

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Passé la première moitié du récit, on se dit que ENFIN, il va se passer des trucs… Mais en fait non, il se passe rien. Jafar n’a rien d’autre en tête que la vengeance ce qui nous vaut en fait un bête remake du premier film en moins bien. On en remet une couche sans chercher à innover ni même à aller vers du vraiment dramatique. Car Jafar se borne à suivre à la lettre le guide du parfait abruti qui fait l’exact opposé de ce qu’un vrai méchant est censé faire. Il attend la fin du film avant d’exiger sa libération (on se demande bien pourquoi puisque personne n’aurait pu l’en empêcher avant), se contente d’emprisonner les héros du premier film sans se méfier de Iago, sauve Aladdin au moment où celui-ci va mourir dans le seul but de le tuer d’une autre manière et cause lui-même sa propre perte avec la lave – séquence dont l’aboutissement se voit venir à des kilomètres. Bref, Jafar le Tout Puissant laisse place ici un Jafar le grand crétin qui fait tout de travers. Il n’inspire aucune crainte, ce qui, pour un film censé reposer sur ses épaules, tombe plutôt mal.

Le film a donc un sévère goût de déjà vue (les personnages du tapis et de Abu encore neutralisé à la fin, redite visuelle das certaines chansons) mais en moins bien. Aucune comparaison possible avec le modèle. Tout est en dessous : l’animation, les personnages, l’intrigue…

Le Retour de Jafar est donc une première suite direct-to-video qui se plante dans les grandes largeurs, dépourvu de magie et qui ne vaut que pour Iago et les numéros musicaux correctes. Par chance, la saga Aladdin connaîtra un troisième épisode de bien meilleure facture qui permettra de clore dignement la trilogie.

NOTE :   1/6

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ALADDIN

aladdin1Le studio Disney ferait bien de remercier Ron Clements et John Muskers. Ces deux là sont sans conteste à l’origine du renouveau de Disney dans les années 90, assurant pour quelques années encore la survie du studio avec la Petite Sirène. Un nouveau souffle qu’ils prolongeront avec un des plus populaires films du studio : Aladdin (au passage, on leur doit aussi Basil détective Privé). La recette : des chansons travaillées, des histoires puissant habilement dans le patrimoine culturel mondial et une animation soignées faisant appelle parfois à la 3D.

Au menu d’Aladdin, un dépaysement vers le Moyen-Orient et plus précisément le berceau des milles et une nuits. Une ambiance oriental qui permet d’exposer un nouveau climat, de nouveaux décors (ça change des sempiternelles forêts magiques et capitales british) avec en tête le palais royales somptueux et la Caverne aux Merveilles. Et également de nouveaux personnages, comme le Vizir et le sultan. Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser à Iznogoud dans les caractéristiques de ces deux protagonistes. Quand à la princesse Yasmine, elle montre pour la première fois une femme forte qui cherche à s’émanciper (elle fuit du palais, n’acceptant pas que son mariage soit arrangé), à tel point qu’elle ferait presque de l’ombre au héros de par son caractère trempé. Il suffit de voir le baiser qu’elle donne à Jafar pour détourner son attention pour mesure toute l’avancée bien moins lisse des Disney d’avant. Pas de princesse épousant mollement son prince charmant mais une femme sexy et sulfureuse de caractère. Pas non plus de héros sans peur et sans reproche au programme mais au contraire un sdf obligé de voler. Bien qu’étant avant tout un cœur pur (le film n’échappant donc pas au manichéisme de rigueur), Aladdin reste donc quelqu’un qui devra prouver sa valeur et dont les défauts restent terriblement humains, comme ses rêves de richesses qui se traduiront par une entrée métamorphosée en prince très prétentieuse. Le héros manquera par ailleurs de perdre celle qu’il aime en oubliant qui il est.

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Mais le personnage qui vole la vedette à tous les autres, c’est bien entendu le Génie. Car en plaçant l’intrigue au pays de lampes magiques et des tapis volants, les réalisateurs se sont avant tout assurer un personnages au potentiel féroce. Campé par Robin Williams en Vo, ce génie bleu offre un coup de pied dans la morale bien pensante et le calibrage de rigueur. Ici, le formatage de l’aventure familial devient un travestissement à peine voilé des Tex Avery. Le génie a d’ailleurs la mâchoire qui tombe de la même manière. Ce qui nous vaut des scènes de comédie à se décrocher la mâchoire et un ton passablement parodique, emprunt d’un grand modernisme. Le Génie joue les hôtesses de l’air, les couturiers, les abeilles, ect… Un festival parodique qui offre à Disney son premier Dessin Animé irrévérencieux (le studio n’a d’ailleurs repris cette formule que deux fois avec Kuzco et Lilo and Stitch : 2 réussite). On entre ainsi dans une modernité du dessin animé que les films familiaux ne possédaient pas. Pixar et Shrek peuvent dire merci. D’un autre côté, on peut penser que les références à la culture moderne font trop anachroniques dans le récit, ce qui peut en partie gâcher le plaisir. Ce qui ne serait qu’une broutille.

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Aladdin marque donc une nouvelle avancée pour le studio. La réussite du film tiens donc à quantité d’éléments dont il ne faudrait pas oublier Iago, perroquet désopilant qui parviens à éviter le côté lourdingue du « compagnon rigolo » du fait qu’il est dans le camp du méchant. Mais évoquons aussi les chansons, dont le Rêve Bleu est sans conteste la plus envoûtante (avec comme image des cartes postales du monde et des nuages). Sans oublier l’animation fluide avec de nombreux effets numériques parfaitement dans le ton (la chute du la tourelle dans la neige et la lave dans la caverne aux merveilles sont impressionnantes). Des visions marquent plus que d’autres, comme cette images mythologique d’une tête de lion surgissant du sable, puissant donc dans la culture égyptienne ou le combat final avec son Jafar serpent (on pense à Conan) dont l’issu effrayante est particulièrement bien trouvée. Même s’il faudra attendre la (moyenne) suite du film pour voir un Jafar tout puissant en action. Aladdin qui connu par ailleurs deux suites : le Retour de Jafar, qui n’a pas tenu toute ses promesses, et un Aladdin et Roi des Voleurs de hautes volée (peut être même la meilleure suite du studio). Un autre signe du vent de fraîcheur qu’à apporter le film. Evoquons enfin le sympathique mais discret vent anarchique qui soufflent sur le dessin animé, le pauvre accédant enfin à ses rêves, le vizir étant corrompu et usant d’illusion et de mensonges pour mieux faire passer ses idées. Même le Sultan inoffensif (ce qui aurait pu passer pour une tentative de gommer le message) est une espèce d’enfant immature et un rien idiot.

Aladdin, film anarchique ? Quand même pas. Mais on ne peut nier son rôle majeur dans l’histoire de l’animation, le film étant à la fois novateur et référentiel, le film s’achevant sur un clin d’œil à Méliès et son voyage vers la Lune. Un voyage dépaysant que tout enfant connaît par cœur, preuve s’il en ai de la trace qu’à laissé le métrage.

NOTE :   5/6

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LE ROI-SINGE

b00008v2bk.081.lzzzzzzzAvant la reconnaissance internationale acquise par Shaolin Soccer et Kung-Fu Hustle, Stephen Chow était déjà une star du cinéma Hong Kongais. Les dérives du système de distribution des films n'ont hélas pas permis à certains pays de découvrir ses précédents films avant l'explosion de sa côte de popularité. Il n'est cependant jamais trop tard et l'édition dvd soignée du Roi-Singe est une bonne occasion de revenir sur un de plus gros succès de l'acteur/ réalisateur.


Le Roi-Singe, c'est avant tout l'adaptation d'une des légende chinoise les plus populaire. Le récit renferme une très dense matière narrative où la tragédie côtoie l'action, le mysticisme, la morale profonde et le souffle épique. Du « prêt à filmer » en quelque sorte tant le matériaux d'origine semble avoir été rédigé pour être porté à l'écran. Jugez plutôt :

Parce qu'il a tenté de voler et manger la chair d'un moine sacré (il était trop bavard, alors forcément) et parce qu'il n'a pas accompli sa mission consistant à ramener les écritures de Bouddha à l'ouest, le Roi Singe est banni du Paradis et réincarné en simple mortel. 500 ans plus tard, sa punition arrive à terme. Devenu un brigand, il ignore que son destin est ne marche. Sa bande de pilleurs se retrouve sous le contrôle de deux femmes démoniaques qui cherchent le Roi-Singe car elles ont un compte à régler. Ignorant encore qui il est, le Roi-Singe tombe amoureux d'une des démones et va devoir affronter le Roi-Taureau. Il remontera également dans le temps pour réparer les erreurs de son passé. Bon, ça a l'air d'un gros bordel narratif vu comme ça mais rassurez-vous, c'est pareil à l'écran ! Il faut s'accrocher pour ne pas perdre le fil des pérégrinations de Sun Wou Kong. A tel point que le film est carrément découpé en 2 parties de sorte à rendre l'épopée plus digeste.
Ecris au 16ème siècle par Wu Cheng-en, le récit complexe du Roi des Singes connu un immense succès car il dénonçait sous ses apparats de fantastiques, les exactions du pouvoir Ming . De nombreuses adaptations virent le jour et les textes inspirèrent un des monuments du manga, Dragon Ball Z (Sangoku évoque le Roi-Singe, comme en témoigne son bâton magique ou encore l'homme cochon, Zhu Bajie remplacé par Oloon).

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Soyons franc, de l'œuvre originale, il ne reste plus grand chose à l'écran et le résumé précédent n'est nullement celui de l'œuvre littéraire mais celui du film. Le passé de Sun Wou Kong parmi les Dieu est tout bonnement expédié, que ce soit la façon dont il a rayé son nom de la liste des mortels, son rôle de gardien des pêches sacrées ou encore ses 72 jours enfermé dans le fourneau céleste. Même la trame des 500 ans plus tard n'est pas particulièrement semblable aux écrits. C'est peut être là le plus gros défauts de cette adaptations modernes : d'une œuvre dense et profonde, il ne reste avant tout qu'une sorte de one man show signé Jeff Lau et destiné à mettre en avant le talent comique de Stephen Chow. Y gagne-t-on au change ? Plus ou moins. Car la légende du Roi-Singe passée à la moulinette du génial trublion ne pouvait qu'aboutir à une avalanche de gags décoiffant. Et sur ce point là, même si le film conserve surtout dans sa deuxième partie, une dimension sérieuse, le film tient ses promesses. Quelque part entre les ZAZ et l'humour barré de Dragon Ball Z, on y retrouve tout ce qui fait la force du Mo Lai To («qui signifie en gros le « n'importe quoi »). Entre un moine qui se transforme en grappe de raisin et une démone araignée répugnante, on nage en pleine absurdité voir même dans le lourdingue complet. Mais difficile de ne pas résister devant ce moine interprétant « Only You » comme une casserole ou encore lors de la séquence où les bandits s'approche des deux démones en pensant être invisibles. Sans oublier le Roi-Taureau qui envoie ses puces à la recherche de ses ennemis ou encore un cœur meurtri qui ressemble à une noix de coco. Du burlesque complet auquel on peut également signer que Stephen Chow s'est franchement inspiré (pour ne pas dire plagier) de Jim Carrey dans the Mask (le dénouement avec le prout classique de tout film Hong Kongais sans oublier la massue géante et les mimiques caoutchouc).

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Bref, niveau délires, il y a à boire et à manger, surtout que le récit joue sur toutes les formes de comédies, que ce soit la répétition (voyage dans le temps qui n'en finit plus), les jeu de mots, le sens de l'absurde et le quiproquo. Pourtant, Chinese Odyssey 1 et 2 (le Roi-Singe est un film en deux parties sorties séparément sous le nom de « la Boîte de Pandore » et « Cendrillon ». A noter que le dvd français regroupe l'intégralité du métrage : une bonne initiative à saluer) n'est nullement le film le plus drôle de Chow. En effet, à trop vouloir côtoyer des genres aussi divers et variés que l'action ou le drame romantique, le film de Jeff Lau finit par perdre un peu d'impact, surtout dans la deuxième moitié bien plus confuse que la précédente. Les personnages entrent et sortent du récit à une vitesse vertigineuse et il convient de ne pas détourner son attention sous peine d'être vite largué entre les changements d'époque ou encore les changements de corps entre les personnages. Assurément, le film risque de laisser sur le carreau tous ceux qui n'ont jamais goûté à une Kung-Fu Comédie et seul les initiés y trouveront vraiment leur compte. Ainsi, il ne faut nullement s'attendre à un spectacle gigantesque tant le film, derrière son cachet « grande épopée », et ce malgré de beaux décors et costumes, le Roi-Singe peine à masquer ses manques de moyens. Les scènes de combats héritées du wu xia pian (combattants aériens et autres techniques surnaturelles) semblent dater d'au moins 30 ans avec leur absence totale de chorégraphie et un découpage assez moche renforcé par des cadrages constamment biscornus. C'est d'autant plus regrettable que dans l'œuvre de Wu Cheng-en, le héros avait acquis 72 pouvoir différents dont on aura jamais la mesure à l'écran. Reste toutefois le charme des films Hong Kongais qui masque leur moyens limités par des artifices assez kitch comme l'utilisation de fumée ou d'éclairage fluo ainsi que par un soin tout particulier accordé aux maquillages des hommes/animaux (la femme araignée est très convaincant, tout comme l'homme cochon).


Peuplé des créatures étranges, de ramifications héroïques et chargé d'un humour à la Monty Python, le Roi-Singe n'est sans doute pas le meilleur film de Stephen Chow car bénéficiant d'un manque de moyen évident et d'un scénario qui s'éparpille trop et s'éloigne grandement de l'œuvre d'origine. Mais sa bonne humeur et son côté bricolé joue sans problème en sa faveur, annonçant déjà les débordements barrés et mieux maîtrisés de Shaolin Soccer et Kung-Fu Hustle.



NOTE : 4/6

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18 juillet 2005

AKIRA

akira0En France, à la fin des années 80, l’animation était au niveau le plus déprimant. Disney était sur son déclin (avant son sursaut accompagnant la Petite Sirène) et le monde de l’animation japonaise était conspué par les parents qui ne supportaient pas les DBZ et Goldorak (Miyazaki était encore un inconnu dan nos contrées). Puis viens le film qui allait tout changer. Un classique du film d’animation qui ferait date à jamais dans le monde du cinéma. Une bombe détruisant tous sur son passage : les préjugés sur l’animation nippone, les codes de l’animation traditionnelle (visuellement, le film pète plus haut que la quasi-totalité de films animés) et surtout, un majeur tendu face à la niaiserie de Disney et à  aux production familiale. AKIRA était né et le premier grand pas dans le monde de l’animation adulte aussi.

                        

Le film est si dense qu’on peine bien à se décider par quel bout le prendre. Résumer le scénario ? D’accord mais vite alors, parce qu’il est trop dense en ramifications pour refléter la richesse de l’œuvre. En gros, 30 ans après la troisième Guerre Mondiale qui rasa Tokyo à coup de bombe nucléaire, les scientifiques et les politiques continuent de se disputer une expérience étrange portant le nom d’Akira. Un projet (bien plus qu’un projet d’ailleurs) auquel va se retrouver mêlé Tetsuo en manquant de renverser un enfant étrange. Suite à cette rencontre, Testuo sera emmené par l’Armée sans que ses amis, et en particulier Kaneda, ne puisse l’aider. Ajoutez à ça un Neo-Tokyo bâtit sur les ruines de l’ancienne ville, une ville en proie à des attentats et au bord de l’explosion et des sous intrigues multiples (guerres des gangs, ébauches de romance) et vous aurez vite une idée du gigantisme de l’œuvre.

Une immense galerie de personnages donc qui permettent au décor futuriste d’exister comme rarement un décor de cinéma l’aura été. Le Neo-Tokyo vit littéralement, les lumières des gratte-ciels conférant une puissante aura et un gigantisme inouïe et les lieux de l’action s’avérant terriblement varié (écoles, bars, autoroutes, centre commerciaux).

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Dans cette immense ruche va donc se jouer une intrigue complexe qui est loin de s’adresser aux plus jeunes, tant on est loin de la mythologie de Dragon Ball Z ou encore d’un Astro Boy. Certes, on trouve bien des scènes d’action dantesques (mais alors vraiment vraiment dantesques) avec courses poursuites en moto et combats homériques à base de pouvoirs psychiques. Mais au de là du spectacle aux proportions effarantes se lit en filigrane le tableau d’une société malade d’elle-même. Dans Akira, les bars offrant des amphétamines sont des preuves de la déchéance d’une société se réfugiant dans la drogue pour noyer son mal de vivre. Un mal de vivre lié à un monde politique peu scrupuleux, enclin à servir ses propres intérêts au détriment du peuple. Malgré les vestiges d’une 3em Guerre Mondiale meurtrière, le monde politique demeure corrompu et le peuple multiplie les attentats pour se faire entendre, couvant une colère grandissante. Ainsi, la délinquance se multiplie, l’insécurité va grandissante (Otomo mettant en scène des affrontements barbares et souvent sanglant). Certains groupes se manifestent en tentant une révolution (qui le gouvernement semble ignorer) tandis que d’autres trouvent refuge dans une hypothétique religion annonçant la venue d’un Sauveur du nom d’Akira qui viendra apporter l’illumination du monde et le régénérer, le purifier. Une illumination cosmique presque.

On y retrouve là toute l’essence du shintoïsme à travers les notions de tatari (cf ma critique sur Princesse Mononoké) lorsque Tetsuo voit son corps muter de manière alarmante, devenant un tas de chairs grossissant à vue d’œil, masse informe et impure symbolisant le Mal. Une opposition Bien/Mal représentée symboliquement dans l’affrontement opposant Tetsuo à Kaneda, même s’il convient de nuancer cette notion, tant le film floue constamment la frontière des bons et des méchants. On retrouve également la notion de purification du monde lors d’un final éminemment biblique où la lumière purificatrice viendra détruire Tokyo une nouvelle fois. On remarquera la forte analogie entre la puissance purificatrice d’Akira (représentant à bien des égards l’énergie qui nous entoure et incarnée en un seul être) et l’explosion nucléaire du début. Dans les deux cas, le résultat est la destruction de la ville et la mort de millions d’être humains. Une manière forte de signifier que l’Homme est mauvais et trop violent pour accéder à l’illumination. Un message incroyablement noir pour un film de « divertissement » s’achevant sur note apocalyptique comme on aimerait en voir plus souvent. Il convient cependant de le relativiser car de toute cette destruction se révèlent les vrais héros. Ainsi, les enfants délinquants brimés par l’école et surveillé par la police se révèleront non meurtris par une société qui ne veut pas d’eux (l’insécurité découlant généralement de problèmes sociaux graves). On les considère sans avenir alors qu’ils deviendront justement l’avenir de l’humanité.

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Au-delà de l’aspect religieux de l’œuvre s’oppose une autre vision du monde, celle qui conduira Tokyo (et le monde ?) à sa perte : la science. Après la 3em Guerre Mondiale, le Japon tente de lancer un grand symbole d’espoir en étant organisateur des Jeux Olympiques Mondiaux. Mais ce signe d’optimisme est en vérité pourri de l’intérieur et cache littéralement le vrai malheur du monde : le projet Akira. Un projet qui tente de contrôler un pouvoir trop immense. Car Akira, c’est avant tout un projet trop fou qui ne peut qu’échapper au contrôle de ses maîtres cars l’invention est doté d’une conscience. La Création est bien supérieure à l’Homme et peu donc sans problème s’opposer à lui. L’éternelle combat de l’homme et de la machine. Mais des machines hors de contrôle à cause l’homme qui a trop voulu jouer avec le feu et ne retenant aucune leçon de ses erreurs passées.

Otomo place également la machine sur un niveau au-dessus du simple assemblage de rouages (contrairement à son futur Steamboy) en présentant l’Homme Machine. Ici, c’est la fusion de l’Homme et de la Science qui entraîne l’Apocalypse finale. Tetsuo étant incapable de maîtriser ses sentiments de colère. Les pouvoirs que lui ont conférés les expériences faites sur lui le plonge finalement dans un sentiment de puissance. Il se prend pour un Dieu intouchable. Un thématique que l’on retrouvera par la suite dans Steamboy avec son château céleste.

Une telle profondeur ne peut que surprendre les plus braqués face à l’animation japonaise. Il convient cependant de pointer le doigt le seul problème du film, à savoir son modèle : le manga Akira dont le film est l’adaptation. En effet, avant d’être un must de l’animation, Akira est sortis de l’esprit de Katsuhiro Otomo, mangaka qui décidera d’adapter lui-même son œuvre. Une œuvre titanesque puisqu’Akira (parut pour la première fois dans le mensuel nippon Weekly Jump) atteins au final les 1800 pages répartis en plusieurs tomes selon les éditions (on trouve aussi bien l’œuvre sous 13 tomes mais aussi sous 6 tomes voir 17 !!). Pour adapter une telle substance narrative, il a fallu tailler dans la masse. Ce qui entraînera finalement l’abandon de la deuxième moitié du récit (après la Grande Vague). Résultat, plus d’entrée en scène des américains, une Lady Miyako en simple guest star… Un choix narratif à la fois logique pour contenir le récit en 2 heures mais aussi frustrant puisqu’il y avait matière un Akira 2 (longtemps annoncé) qui ne verra jamais le jour. Mais le plus gênant viens sans conteste de la masse narrative conservée qui demeure tellement dense qu’elle laisse malgré tout des flous pour tous ceux n’ayant pas lu le manga. On évoquera ainsi la fuite d’un politique mourant dans la rue qui arrive comme un cheveu sur la soupe, l’entrée en scène d’Akira se reformant à travers ses morceaux de corps (alors que dans le manga, il a été conservé en un seul « morceau ») ou encore le monologue sur les amibes totalement abscons pour les étrangers à l’œuvre originale.

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Une richesse qui fait donc à la fois la force et la faiblesse du film. Ce qui n’empêchera personne (fans ou profanes) de savourer le spectacle auquel Otomo nous convie. A l’époque, Akira était le film le plus cher de l’animation, permettant un énorme soucis dans les détails et animés parfois par 24 images/secondes, ce qui représente une exception rare pour un film japonais.

Les avancées visuelles sont nombreuses, allant des phares de moto laissant une traînée lumineuse au détecteur d’aura en synthèse et la musique évoque presque Blade Runner dissonant aux envolées lyriques discrètes.

Les moments forts s’enchaînent, aussi bien les scènes d’action (nombreuses) que celle plus « spirituelle », dont le final au parfum de 2001 imposant Akira comme une putain d’expérience spirituelle et visuelle laissant sur les rotules.

Il y aura donc un avant et un après Akira. Si l’espoir d’une suite est désormais aux oubliettes, ce film symbole de toute une génération reste une pierre angulaire dans la compréhension envers l’animation japonaise et une preuve flagrante qu’un dessin animé peut être adulte et surpasser visuellement les grands studio comme Disney. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il faudra attendre Steamboy pour retrouver des frissons du même niveau. Un Steamboy du même Otomo, justement.

NOTE : 5/6 

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