18 juillet 2005

AKIRA

akira0En France, à la fin des années 80, l’animation était au niveau le plus déprimant. Disney était sur son déclin (avant son sursaut accompagnant la Petite Sirène) et le monde de l’animation japonaise était conspué par les parents qui ne supportaient pas les DBZ et Goldorak (Miyazaki était encore un inconnu dan nos contrées). Puis viens le film qui allait tout changer. Un classique du film d’animation qui ferait date à jamais dans le monde du cinéma. Une bombe détruisant tous sur son passage : les préjugés sur l’animation nippone, les codes de l’animation traditionnelle (visuellement, le film pète plus haut que la quasi-totalité de films animés) et surtout, un majeur tendu face à la niaiserie de Disney et à  aux production familiale. AKIRA était né et le premier grand pas dans le monde de l’animation adulte aussi.

                        

Le film est si dense qu’on peine bien à se décider par quel bout le prendre. Résumer le scénario ? D’accord mais vite alors, parce qu’il est trop dense en ramifications pour refléter la richesse de l’œuvre. En gros, 30 ans après la troisième Guerre Mondiale qui rasa Tokyo à coup de bombe nucléaire, les scientifiques et les politiques continuent de se disputer une expérience étrange portant le nom d’Akira. Un projet (bien plus qu’un projet d’ailleurs) auquel va se retrouver mêlé Tetsuo en manquant de renverser un enfant étrange. Suite à cette rencontre, Testuo sera emmené par l’Armée sans que ses amis, et en particulier Kaneda, ne puisse l’aider. Ajoutez à ça un Neo-Tokyo bâtit sur les ruines de l’ancienne ville, une ville en proie à des attentats et au bord de l’explosion et des sous intrigues multiples (guerres des gangs, ébauches de romance) et vous aurez vite une idée du gigantisme de l’œuvre.

Une immense galerie de personnages donc qui permettent au décor futuriste d’exister comme rarement un décor de cinéma l’aura été. Le Neo-Tokyo vit littéralement, les lumières des gratte-ciels conférant une puissante aura et un gigantisme inouïe et les lieux de l’action s’avérant terriblement varié (écoles, bars, autoroutes, centre commerciaux).

akira03

Dans cette immense ruche va donc se jouer une intrigue complexe qui est loin de s’adresser aux plus jeunes, tant on est loin de la mythologie de Dragon Ball Z ou encore d’un Astro Boy. Certes, on trouve bien des scènes d’action dantesques (mais alors vraiment vraiment dantesques) avec courses poursuites en moto et combats homériques à base de pouvoirs psychiques. Mais au de là du spectacle aux proportions effarantes se lit en filigrane le tableau d’une société malade d’elle-même. Dans Akira, les bars offrant des amphétamines sont des preuves de la déchéance d’une société se réfugiant dans la drogue pour noyer son mal de vivre. Un mal de vivre lié à un monde politique peu scrupuleux, enclin à servir ses propres intérêts au détriment du peuple. Malgré les vestiges d’une 3em Guerre Mondiale meurtrière, le monde politique demeure corrompu et le peuple multiplie les attentats pour se faire entendre, couvant une colère grandissante. Ainsi, la délinquance se multiplie, l’insécurité va grandissante (Otomo mettant en scène des affrontements barbares et souvent sanglant). Certains groupes se manifestent en tentant une révolution (qui le gouvernement semble ignorer) tandis que d’autres trouvent refuge dans une hypothétique religion annonçant la venue d’un Sauveur du nom d’Akira qui viendra apporter l’illumination du monde et le régénérer, le purifier. Une illumination cosmique presque.

On y retrouve là toute l’essence du shintoïsme à travers les notions de tatari (cf ma critique sur Princesse Mononoké) lorsque Tetsuo voit son corps muter de manière alarmante, devenant un tas de chairs grossissant à vue d’œil, masse informe et impure symbolisant le Mal. Une opposition Bien/Mal représentée symboliquement dans l’affrontement opposant Tetsuo à Kaneda, même s’il convient de nuancer cette notion, tant le film floue constamment la frontière des bons et des méchants. On retrouve également la notion de purification du monde lors d’un final éminemment biblique où la lumière purificatrice viendra détruire Tokyo une nouvelle fois. On remarquera la forte analogie entre la puissance purificatrice d’Akira (représentant à bien des égards l’énergie qui nous entoure et incarnée en un seul être) et l’explosion nucléaire du début. Dans les deux cas, le résultat est la destruction de la ville et la mort de millions d’être humains. Une manière forte de signifier que l’Homme est mauvais et trop violent pour accéder à l’illumination. Un message incroyablement noir pour un film de « divertissement » s’achevant sur note apocalyptique comme on aimerait en voir plus souvent. Il convient cependant de le relativiser car de toute cette destruction se révèlent les vrais héros. Ainsi, les enfants délinquants brimés par l’école et surveillé par la police se révèleront non meurtris par une société qui ne veut pas d’eux (l’insécurité découlant généralement de problèmes sociaux graves). On les considère sans avenir alors qu’ils deviendront justement l’avenir de l’humanité.

akira07

Au-delà de l’aspect religieux de l’œuvre s’oppose une autre vision du monde, celle qui conduira Tokyo (et le monde ?) à sa perte : la science. Après la 3em Guerre Mondiale, le Japon tente de lancer un grand symbole d’espoir en étant organisateur des Jeux Olympiques Mondiaux. Mais ce signe d’optimisme est en vérité pourri de l’intérieur et cache littéralement le vrai malheur du monde : le projet Akira. Un projet qui tente de contrôler un pouvoir trop immense. Car Akira, c’est avant tout un projet trop fou qui ne peut qu’échapper au contrôle de ses maîtres cars l’invention est doté d’une conscience. La Création est bien supérieure à l’Homme et peu donc sans problème s’opposer à lui. L’éternelle combat de l’homme et de la machine. Mais des machines hors de contrôle à cause l’homme qui a trop voulu jouer avec le feu et ne retenant aucune leçon de ses erreurs passées.

Otomo place également la machine sur un niveau au-dessus du simple assemblage de rouages (contrairement à son futur Steamboy) en présentant l’Homme Machine. Ici, c’est la fusion de l’Homme et de la Science qui entraîne l’Apocalypse finale. Tetsuo étant incapable de maîtriser ses sentiments de colère. Les pouvoirs que lui ont conférés les expériences faites sur lui le plonge finalement dans un sentiment de puissance. Il se prend pour un Dieu intouchable. Un thématique que l’on retrouvera par la suite dans Steamboy avec son château céleste.

Une telle profondeur ne peut que surprendre les plus braqués face à l’animation japonaise. Il convient cependant de pointer le doigt le seul problème du film, à savoir son modèle : le manga Akira dont le film est l’adaptation. En effet, avant d’être un must de l’animation, Akira est sortis de l’esprit de Katsuhiro Otomo, mangaka qui décidera d’adapter lui-même son œuvre. Une œuvre titanesque puisqu’Akira (parut pour la première fois dans le mensuel nippon Weekly Jump) atteins au final les 1800 pages répartis en plusieurs tomes selon les éditions (on trouve aussi bien l’œuvre sous 13 tomes mais aussi sous 6 tomes voir 17 !!). Pour adapter une telle substance narrative, il a fallu tailler dans la masse. Ce qui entraînera finalement l’abandon de la deuxième moitié du récit (après la Grande Vague). Résultat, plus d’entrée en scène des américains, une Lady Miyako en simple guest star… Un choix narratif à la fois logique pour contenir le récit en 2 heures mais aussi frustrant puisqu’il y avait matière un Akira 2 (longtemps annoncé) qui ne verra jamais le jour. Mais le plus gênant viens sans conteste de la masse narrative conservée qui demeure tellement dense qu’elle laisse malgré tout des flous pour tous ceux n’ayant pas lu le manga. On évoquera ainsi la fuite d’un politique mourant dans la rue qui arrive comme un cheveu sur la soupe, l’entrée en scène d’Akira se reformant à travers ses morceaux de corps (alors que dans le manga, il a été conservé en un seul « morceau ») ou encore le monologue sur les amibes totalement abscons pour les étrangers à l’œuvre originale.

akira08

Une richesse qui fait donc à la fois la force et la faiblesse du film. Ce qui n’empêchera personne (fans ou profanes) de savourer le spectacle auquel Otomo nous convie. A l’époque, Akira était le film le plus cher de l’animation, permettant un énorme soucis dans les détails et animés parfois par 24 images/secondes, ce qui représente une exception rare pour un film japonais.

Les avancées visuelles sont nombreuses, allant des phares de moto laissant une traînée lumineuse au détecteur d’aura en synthèse et la musique évoque presque Blade Runner dissonant aux envolées lyriques discrètes.

Les moments forts s’enchaînent, aussi bien les scènes d’action (nombreuses) que celle plus « spirituelle », dont le final au parfum de 2001 imposant Akira comme une putain d’expérience spirituelle et visuelle laissant sur les rotules.

Il y aura donc un avant et un après Akira. Si l’espoir d’une suite est désormais aux oubliettes, ce film symbole de toute une génération reste une pierre angulaire dans la compréhension envers l’animation japonaise et une preuve flagrante qu’un dessin animé peut être adulte et surpasser visuellement les grands studio comme Disney. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il faudra attendre Steamboy pour retrouver des frissons du même niveau. Un Steamboy du même Otomo, justement.

NOTE : 5/6 

Posté par merovingien à 11:14 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur AKIRA

    Je me suis achetée le dvd il y a quelques mois mais je n'ai toujours pas eu l'occasion de le regarder...il faut que je me bouge parce que ta critique m'a vraiment donné envie de le voir !!

    Posté par linoa41, 15 août 2005 à 00:09 | | Répondre
  • c nul

    c trop nuule

    Posté par ou, 28 avril 2007 à 08:30 | | Répondre
  • question

    ou je peut trouver set merveille de film mais en français ?????? aider moi svp

    Posté par mich, 05 mai 2007 à 23:05 | | Répondre
Nouveau commentaire