17 août 2005

MATRIX RELOADED

matrix2001999 avait été une date dans l'histoire du cinéma. Un des plus important film de SF avait tout emporté sur son passage. Succès public, mais surtout critique, Matrix s'était révélé une œuvre de synthèse d'une richesse inouïe : mélangeant aussi bien Kant à l'univers cyber-bunk, les scènes d'action Hollywoodiennes et le kung-fu japonais, Baudrillard avec la Bible.... Un patchwork cohérent, véritable film-univers comme on en avait pas vu depuis longtemps. Le premier film posait les bases d'une intrigues solides mais quelques trous narratives nous laissaient penser qu'une suite était prévue. Et ce sont finalement 2 films qui n'en forment qu'un qui nous sont offerts. Le premier, c'est Reloaded, auquel nous allons nous intéresser. L'attente était énorme ce qui explique sans aucun doute la déception qui fut ressentie par les spectateurs (du moins au premier visionnage).


Alors aujourd'hui, quand est-il de Reloaded ? Et bien il s'agit bel et bien du prolongement de l'univers des Wachowski. Si Matrix était un film d'exposition, Reloaded est le traditionnel épisode de transition casse-gueule. Mais il s'assume totalement. Le but du film est clairement voué à une mise en pièce de tout ce que les spectateurs croyaient acquis. Ainsi, le premier plan du générique nous montre les rouages d'une horloge qui finit par indiquer minuit. En gros, on remet les compteurs à zéro. Le spectateurs est prévenu.
Si le premier film parlait de la naissance (libération de Néo, chapitre d'introduction, présentation de l'origine de la Matrice), le second parle logiquement de la vie (le 3em parlera bien sûr de la mort). Parler de la vie est forcément plus chiant que de la naissance ou de la mort, mais ça, les réalisateurs en sont bien conscients. Il en profitent donc pour pousser leur film à fond dans l'univers du jeux vidéo, où l'on passe d'un niveau à un autre par une succession de boss à combattre (Seraph avant l'Oracle, Smith avant l'Architecte, le sauvetage du maître des clefs...). L'esthétique jeux vidéo est pleinement assumée mais le revers de la médaille, c'est que ces scènes, aussi jouissives soient-elles, peuvent paraître dénuées d'enjeux. La où le spectateur moyen y verra une grosse lacune scénaristique, il s'agit en vérité de l'enjeux même du film : Néo
passe son temps à se battre mais ne sais jamais pourquoi. Il a des pouvoirs, les utilise à la perfection mais ne semble pas avoir de raison de se battre (il n'a pas de but). Si cela peut gêner aux premiers abords, il faut bien reconnaître qu'il est difficile de faire la fine bouche devant les combats nombreux et extrêmement travaillés.
L'esprit vidéo Games est poussé au paroxysme lors de 2 morceaux d'anthologie : le combat contre Smith puissance 100 et la scène de l'autoroute. La première tient ni plus ni moins du jamais vu sur un écran. Certes, les personnages numériques sont à 2 ou 3 brefs moments visibles mais ce n'est que peu de chose face à ce morceau inouïe : la caméra suit le combat en de longs plans séquences étourdissants, ça virevolte pour que l'on puisse apprécier le moindre coup de poing, ça ralenti pour styliser à mort... Un chef d'œuvre de chorégraphie, un authentique ballet ébouriffant. Quand à la scène de l'autoroute, si on pourra regretter l'absence d'impression de vitesse, on comprend vite que les Wachowski sont plus intéressés par faire une scène stylisée et on donc recours à des procédés pour renouveler constamment la scène (les Twins qui change de voiture en se dématérialisant, l'agent qui saute sur les voitures comme un puce, les sauts élégant au ralentis sur les camions...

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Les réalisateurs sont bien décidé à pousser leur style le plus loin possible, offrant des images d'une beauté saisissante. On retiendra notamment ce plan de Néo qui vole devant la lune et qui épuise l'imagerie Comics de Superman en à peine 30 secondes ! Grandiose. Grandiose tout comme l'explosion des camions à la fin de la scène de l'autoroute ou la chute de Trinity. Bref, Reloaded explose largement les standards du film d'action habituel.
Mais la forme du film n'en exclu pas pour autant le fond. Ainsi, la mise en place de l'univers Matrix continue : on découvre ainsi Zion pour la première fois, ce qui permet aux réalisateurs d'assumer totalement leur côté film bourrin (avec parfois des dialogues très cons, il est vrai) proche de Star Wars. Après le sérieux du premier film, il est vrai qu'on pourra toujours être un peu déçu de voir la trilogie basculer vers un côté plus classique du divertissement mais c'est en vérité pour mieux introduire une foule de personnages important ainsi que les futurs enjeux narratifs. La longue séquence à Zion permet d'introduire le peuple des humains. On sera surpris de voir qu'ils apparaissent comme une secte fanatiques (le discours de Morpheus), ce qui risque bien de choquer les spectateurs qui n'auront plus trop de sympathie envers eux. La partie à Zion est surtout l'occasion d'une magnifique danse tribale où l'on y montre la sensualité des hommes mais où ces corps en sueurs restent bardés de trous mécaniques. Un simple vidéo clip pour certains, une vrai
réflexion pour les autres, cette scène laisse rarement insensible.
On explore un peu plus la Matrice, notamment avec son long couloirs de portes, ou encore l'Architecte (j'y reviens), preuve que l'univers mis en place et plus riche et plus complexe qu'il n'y paraît.

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Un des principaux reproche fait au film vient de ses enjeux exposés très tard (20 minutes avant la fin) et qui plus est de manière maladroite (l'Architecte). C'est là que les Wachowski sont en vérité très forts. Dans le premier film, tout était expliqué aux spectateurs pour qu'ils comprennent bien de quoi retourne l'histoire. Les spectateurs moyens se laissaient berner sans problème, tenant pour acquis toutes les informations : pour eux, il y avait les gentils humains et les méchantes machines, un monde virtuel et un monde réel, une oracle super sympa et une réincarnation du Christ.... Or, il n'a jamais été dans le but des Wachowski de faire un film où tout est expliqué. Leur saga demande un effort intellectuel si on veut la comprendre. Ainsi, le premier film montrait Néo, au début, ouvrant le livre de Baudrillard « Simulation et Simulacres ». Mais ce livre était lui même un simulacre puisqu'il servait à cacher des disquettes. Et le faux livre était ouvert à la page du nihilisme (théorie qui dit que rien n'est certains). Les spectateurs moyens y ont vu un clin d'œil dans le premier film : la matrice n'est pas le monde réel. Mais cela allait plus loin puisque les Wachowski nous informaient déjà que tout ce qui allait suivre n'était pas certains. Et c'est bien le but tout dévolu à Reloaded : remettre en cause nos certitudes.
Ainsi, la cuillère de l'orphelin réapparaît avant le départ de Néo. Là où certains n'y verront qu'un clin d'œil au premier film, d'autres se rappelleront que « la cuillère n'existe pas », soit un indice important pour la suite des évènements...

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Dès lors, les 3 premiers quart de Reloaded peuvent se suivrent sans problème (on regarde le film sans se poser de questions) mais on ne comprend plus rien à la fin. Ou bien on fait attention à ce qu'on voit auquel cas le film soulève des questions forts capitales. Ainsi, Smith parviens à survivre dans un corps humains. Comment est-ce possible ? Comment se fait-il que Smith soit revenu et puisse se multiplier ? L'Oracle est finalement un programme ! Œuvre-t-elle pour aider les héros ou bien fait-elle partie du système ? 250 000 sentinelles vont attaquer, soit une part habitant . Mais comment savent-elles qu'il y a 250 000 habitants ? Et comment savent-elles où se trouve Zion ?
Les Wachowski poussent leur film dans un univers totalement geek. Le film de geek ultime. Les nerds apprécieront, les autres cracheront sur le film.

Mais le principe de questionnement atteint son paroxysme avec la mythique séquence de l'architecte où l'on y apprend que Zion fais partie de la Matrice, que Néo est un système de contrôle qui a eu 5 prédécesseurs, que la Matrice en est à sa 6em version, que la Matrice doit être Reloaded et Zion détruite... Une foule d'informations à remettre en place (surtout qu'elle sont données au travers d'un monologue brumeux) et qui demanderont de reconsidérer chaque détails des films pour bien en saisir la teneur, l'intelligence et les enjeux. On avait pas été autant sollicité intellectuellement par un film depuis « 2001 » ! Mon but n'est pas de vous expliquer tout (si vous n'avait pas encore compris le film, référez-vous à ma critique de Révolutions) mais de vous indiquer les pistes de lectures.
La remise en question totale de l'univers Matrix se poursuis enfin dans les 5 dernières minutes avant deux événement capitaux : Néo qui ressuscite Trinity DANS la Matrice et qui finis par arrêter des Sentinelles DANS le monde réel (mais l'est-il réellement ?) Du très grand art, tellement culotté que la majorité du public n'a pas voulu suivre la direction que prenait la saga (et elle prend pourtant une ampleur encore plus profonde). Le premier film comportait pourtant déjà les germes de la suite (Néo était déjà observé par l'Architecte, on lui demandé sans cesse de faire des choix, notamment Choi et sa copine Dujour mais aussi la boite ou Néo travaillait, Néo qui ne pouvait mourir, ect...)

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Un dernier mot sur l'esprit cyber du film : les Wachowski ne s'arrête pas seulement à un esprit jeux vidéo avec Reloaded ; tout l'univers Matrixien est ni plus ni moins que le must total du film cyber punk. Ainsi, si la Matrice est un monde constitué de chiffres, on trouve de nombreuses références à l'univers informatique : dans le premier film, l'Oracle donnait un cookie à Néo. Or, le cookie est un traceur informatique permettant de suivre l'évolution d'un programme (expliquant sans doute que l'Oracle puisse lire et manipuler les personnages). Le petit ami de Niobe s'appelle Lock. Or, le Lock est le processus de verrouillage d'un serveur informatique qui n' est accessible qu'aux identifiants autorisés. De même qu'il y a 250 000 sentinelles qui s'apprêtent à foncer sur Zion,ce qui est justement, le débit d'une bonne connexion. (250k). Par conséquent , on peut en déduire qu'une connexion s'apprête à effacer Zion (dans le but du Reloaded) et que le Lock peut l'en empêcher.
Dès lors, le cas de Lock rejoins celui de Néo, l'Oracle, l'Architecte, etc.. Il joue le rôle qu'on lui a attribué. Les personnages ne seraient-ils alors eux même que des programmes mis en places pour faire ce qu'on leur demande ? C'est en tout cas la preuve que les enjeux de Reloaded n'était pas ceux que l'on croyait (il sont en tout cas bien plus excitant et novateurs).
La théorie de l'univers composé de chiffre trouve également son meilleur penchant dans la théorie de la causalité exposé par le Mérovingien selon laquelle on ne fait que ce que l'on doit faire (le gâteau qui donne des orgasmes nous revois d'ailleurs au cookie de l'Oracle : un programme que l'on assimile en mangeant) et que nos vies ne sont contrôlées que par ce qui nous entoure (ce que l'Architecte semble confirmer puisqu'il surveille les héros sur des écrans). Dans ce cas, y a-t-il vraiment un choix pour les personnages ? Ce choix n'a-t-il finalement pas lieux dans le monde réel ? Si Néo est l'Elu tel qu'il fut créer, n'est-il pas le descendant du Mérovingien si l'on suis la théorie de la fonction qui désigne le personnage ? Dans ce cas, le baiser de Perséphone est-il si innocent que ça (d'autant qu'elle exige un « sample » en vo, soit un échange
de données informatiques, et que le baiser à lieu devant la cascade des toilettes qui évoque immédiatement la matrice).


En conclusion, Matrix Reloaded est un film qui demandera un grand effort intellectuel. C'est monstre dantesque, qui peut s'apprécier pour ses morceaux de bravoures inouïes mais qui est aussi une des œuvres les plus complexes, les plus riches et les plus inépuisables du cinéma. Un incontournables fiévreux et dense à classer d'urgence parmi les chef d' œuvre de la SF.



NOTE : 6/6

Posté par merovingien à 19:58 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur MATRIX RELOADED

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    Posté par Çetin BAL, 15 octobre 2007 à 01:05 | | Répondre
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